I-vi LA NATURE
la mystique de la nature. Gray a renoncé au panthéisme d'emprunt. 11 dit des montagnes : « ces monstrueuses créatures de Dieu » 281, La nature est une émanation de la divinité et non plus son siège. Mais il a éprouvé l'émotion fondamentale antérieure à tous les mythes de l’animisme.
Ses nerfs ont tressailli. « Comme j'avançais, les rochers semblaient se fermer... Le chemin est barré par un courant qui, à une hauteur d'environ cinquante pieds, jaillit d’un trou dans le roc, et, s’étalant en larges nappes sur sa face brisée, s’élance de chute en chute et descend la vallée en un fracas torrentueux. Le rocher de gauche s'élève perpendiculairement; sur ses flancs, des ifs et des buissons rabougris se hérissent jusqu'à une hauteur d'au moins trois cents pieds. Ce n’est enccre rien. C’est le rocher de droite, sous lequel on se tient pour voir la chute, qui constitue la principale horreur de l'endroit. À partir de sa base, celui-ci se dresse obliquement au-dessus de vous, bloc noir, massif et sans la moindre crevasse, et recouvre de son dais terrible la moitié de l’espace où vous êtes. Me tenant, je crois, à quatre bons yards du pied, les gouttes qui se forment à la cime me tombaient sur la tête. À l'endroit du sommet le plus exposé aux intempéries, des pierres détachées et suspendues dans les airs menacent visiblement le spectateur inattentif de destruction instantanée. Il est plus sûr de s’abriter contre la base et de s’abandonner à la merci de cette énorme masse que seul un tremblement de terre peut ébranler. Le jour sombre et accablant convenait à l’aspect sauvage de l’endroit et le rendait plus formidable encore. Je restai là, non sans frissonner, un quart d'heure, et jugeai ma peire richement payée; car j'en garderai l'impression toute ma vie » ???.
Gray a maintenant lu Burke et sait nommer ce mémorable frisson ?. J]1 distingue deux natures. Il dit à Keswick : « Voilà la plus belle scène que je découvre encore en fait de beauté pastorale. Les autres sont d’un style plrs sublime » ?84 Avant d’entreprendre ses voyages anglais, il féliciteit Palgrave, revenant d'Écosse, d'avoir « fait la connaissance du sauvage, du rude et du terrible », de « mépriser la plate insipidité de ce que nous appelons beau dans le Sud » ?%5. Il parlait de « précipices » comme d’un charme magique ?86, Il reprochait au Peak de « n'être pas assez montagneux pour nous plaire par ses horreurs » *7. Au profit du grandiose, il renonçait à la netteté : ample compensation. « Nous méprisons les plaines », affirme-t-il ?##. « Seul un pays montagneux offre des paysages vraiment pittoresques » 2%. Quand, à son tour, il eut visité l’Ecosse, il s’écria : « Depuis les Alpes, je