TL II 265. 288. TL II 152. 289. TL, III
180 LES SENTIMENTS JI-vi
n'avais encore rien vu de sublime!»?%® Son enthousiasme s’éleva alors jusqu’à une religieuse ferveur : « Je reviens charmé de mon expédition. Je parle des Hautes-Terres. Les Basses-Terres valent la peine d’être vues une fois. Mais les montagnes sont extatiques, et devraient être visitées en pèlerinage tous les ans. Seules ces monstrueuses créatures de Dieu savent joindre tant de beauté à tant d'horreur » 21,
Son émotion laisse parfois entendre une résonance plus subtile. Rares instants, qui marquent la perméabilité de ses sens à une atmosphère particulière. Le plus accessible de ces « états d'âme » est le recueillement du soir. L'approche solennelle des ténèbres, l'air fraîchissant, la clarté lunaire et, dans le registre des sensations auditives, l’impressionnant silence, composent l'heure pénétrante que chacun a vécue, que la poésie de ses contemporains et ses propres vers ont célébrée. Dans un cadre grandiose, il la revit avec gravité, fait appel à ses souvenirs, à Virgile, à Milton, pour la dire avec assez de noblesse : « Je suis allé me promener seul au bord du lac, en longeant Crow-Park après le coucher du soleil, et j'ai vu le coloris majestueux de la nuit s’avancer, la dernière clarté du soleil mourant sur la cime des monts, la profonde sérénité des eaux et les grandes ombres des montagnes s'étendant sur elles jusqu’à toucher presque le rivage opposé. Au loin j'entendais le murmure de nombreuses chutes qu’on ne perçoit pas le jour. Je désirais la lune, mais elle demeura obscure et silencieuse, dans sa caverne mensuelle se cachant » ???.
Plus conventionnel et factice, concession plus nette à la mode du jour, est le paysage orné de ruines gothiques. On lira comme d’agréables fantaisies les descriptions souvent citées de l’abbaye de Netley 2%, Ces impressions recueillies à Kirkstall paraissent plus sincères : « Attenants à l’église, entre celle-ci et la rivière, on voit diverses chapelles et les restes de l’abbaye, délabrés par l’'envahissement du lierre et surmontés de nombreux arbres vigoureux dont les racines tordues crèvent les entrelacs de la voûte et retombent en ondoyant le long des toits. Les ténèbres de ces nefs antiques, l'ombre et la verdure du paysage, le scintillement et le murmure du courant, les tours altières et les longues perspectives de l’église par un jour clair et brillant m'ont retenu pendant de longues heures, et ont fourni à mon miroir les sujets les plus purs que j'aie encore rencontrés » 294.
Ces tableaux exceptionnels montrent le paysagiste qui se fût développé en lui avec une préoccupation littéraire arrêtée. Mais ni l’exceptionnel, ni le sublime trop sublime, ni le sauvage trop