‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 188 sur 446 · OU À D H · texte numérisé non relu

OU À D H

202 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE TIEt

de la masse, comme les exercices officiels, favorisaient les sciences, l'érudition bornée ou la controverse théologique *. Raison majeure pour s’insurger : « J'ai enduré des cours journellement et à toute heure. soutenu par l'espoir d’être bientôt pleinement libre de me consacrer à mes amis et compagnons classiques. Pauvres âmes! La plupart des gens d'ici semblent les tenir en grand mépris; moi, je ne peux m'empêcher de leur rester fidèle, et, par entêtement j'imagine, de les en aimer davantage » ?.

I1 faisait alors des « parties de palets » avec Stace; déchiffrait jusqu’à la dernière page la Guerre du Péloponèse ; buvaït et chantait avec Anacréon, et paissait des moutons avec Théocrite. Il étudiait Pline, Martial, Nonnius Marcellus et le Properce de Scaliger 1°. Le « foin haché » d’Aristote occupait ses loisirs de Stoke 11. De retour à Cambridge, il absorbait Pausanias et Athénée, Eschyle, Pindare et Lysias, «les vers et la prose à la fois, comme du pain et du fromage » 12. Il croyait que « les meilleures éditions des auteurs anciens devaient occuper la première place dans une bibliothèque » #. Se sentant à l'aise « parmi ces morts » 4, il les lisait avec lucidité et réservait à chacun quelque judicieuse formule. En 1770, il parlait encore à Nicholls d’Isocrate : « Le Panégyrique, le De Pace, l’Aréopagitique, le Discours à Philippe sont de beaucoup les meilleurs morceaux qui nous restent de cet auteur, et valent la plupart des œuvres grecques. Tout dépend du sens que l’on apporte à démêler ses opinions véritables des fortuites » 15.

Cette culture se développa dans plusieurs domaines, qui ne furent pas sarts contacts, mais qu’il faut ici distinguer. D'accord avec la tradition, il prit aux anciens une large part de leur sagesse et beaucoup de leur poésie. Il s’efforça d'acquérir aussi de l’antiquité une connaissance précise et concrète.

11 admirait les historiens. Emprunta-t-il à Lucien sa première conception de l’histoire? La portée d’un exercice de jeunesse publié par Mathias ne doit pas être exagérée 15. Du moins, Gray percevait-il déjà toute l'ironie de l’étonnant fantaisiste et, faisant la part de la frivolité chez un maître « qui tombe sous la main de tout le monde », il retirait de sa leçon le bon précepte : « Un historien ne doit avoir d’autre idole que la vérité » 17. Mais son idéal se place ailleurs, et son choix le distingue. Il vénérait en Hérodote le père de l’histoire, excusant sa crédulité 5. I1 appréciait chez Thucydide, si difficile, le récit vigoureux : « La retraite de Syracuse n'est-elle pas la plus belle chose que vous ayez lue

8. Voir C. Wordsworth, Scholæ Academicæ, 0. c. sup. I iv n. 33, pp. 90-2, et E. Legouis, 0. c. Sup. I iv n. 39, pp. 76-7.

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