‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 19 sur 446 · CE 'SYpra, il. "xs. SH EII · texte numérisé non relu

CE 'SYpra, il. "xs. SH EII

18 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE au

de lui-même. Ces supputations le rongeaient, tout comme les déceptions des diagnostics incertains et des médicaments empiriques. «Je ne constate aucune amélioration. Je suis en présence d'une perspective peu consolante, même si les choses en restent où elles sont. Mais, je dois l'avouer, ce que Je redoute est encore TRUST : :

Nous touchons ici au point essentiel : malade, il redoute le pire; bien portant, il craint la maladie prochaine. « I1 ne faut pas vous imaginer, » dit-il une fois, « que ma maladie soit in esse; non, elle est seulement in posse»®t. Dans les lettres écrites au cours de l'hiver 1760-1761, ses craintes résonnent comme un refrain. La vie plus active de Londres lui a été salutaire; mais son bien-être ne saurait durer. Octobre : « Je n’ai pas eu de goutte depuis que je vous ai vu. Que je ne fasse pas le crâne, l’hiver ne fait que commencer! »87 Janvier : «Je n'ai pas eu de goutte depuis votre départ : mais je ne veux pas faire le crâne de peur qu’elle ne revienne avec une violence redoublée »58. Février : « Je suis en ce moment en merveilleuse santé. Pas un mot de la goutte. Mais n’en dites rien, sinon elle viendra » °°.

Ainsi la souffrance, ou l’appréhension de la souffrance, le tient enchaîné. On peut même dire qu’il n’approche du calme que lorsqu'il souffre un peu, pas trop. La douleur bénigne, en apportant une certitude relative, procure la satisfaction qu’on la domine. Il accepte alors, avec une dérision résignée, les maux auxquels il veut se croire endurci. Il les appelle ses « fâcheux compagnons »°°. Sa goutte est «une vraie mignonne »°1. Ses troubles sont des ennemis avec qui l’on pactise : « J'ai été affligé de maladies nombreuses et variées depuis que j'ai quitté le nord; mais d’aucune, grâce à mon expédition d'été, jusqu’à mourir. La goutte est venue à son heure... d’abord à l’un, puis à l’autre pied; si aimable qu'on aurait pu la caresser. Depuis que je suis ici, une autre de mes gêénantes compagnes pour la vie m'a retenu dans ma chambre. I/abstinence en a eu raison je crois, et je recommence à sortir »°2. Mais son existence, passée à endurer ou à attendre quelque mal, demeure un continuel renoncement à tout équilibre physique. « Le Doyen Swift prétend qu’on ne devrait écrire à ses amis que lorsqu'on jouit d’une santé et d’une humeur parfaites... Si je devais les attendre, je n’écrirais jamais »°®.

Rapprochées des symptômes généraux de débilité nerveuse, ces formes de l'angoisse et de la résignation jettent une lumière décisive. Faible dès sa naissance dans les luttes du corps contre la matière, portant en lui le germe créateur d’une perpétuelle menace,

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