TOC SP LIUIV, D. LEZ
suit avec soin les publications anglaises et françaises. On se rappelle ses lectures historiques. De Chilon de Lacédémone à Marc- Aurèle, il a fréquenté les moralistes anciens. Il s’est imprégné de Platon, quelle que soit la valeur du résultat. I1 a conquis un titre juridique et appris par cela certains rudiments des nouvelles doctrines du droit des peuples 2. Il a tenté de mettre en vers la psychologie de Locke. Son œil de poète, enfin, se fixe sur Milton qui a voulu « justifier », sur Pope qui a voulu « défendre » les « voies de Dieu aux hommes » #1, Walpole appela une fois les philosophes « une collection de moines et d’ermites ». Gray protesta 22,
On ne saurait ramener ses idées à une doctrine complète ni leur attribuer quelque originalité. Prises séparément, on les reconnaît pour la monnaie courante du temps. Mais sa personnalité en compose un assemblage particulier de principes, sortes d’entités auxquelles sa pensée s'attache quand il s'exprime.
De ces entités, la première est Dieu.
D'accord avec son entourage anglican, Gray n'accepte ni le non-conformisme, ni l’athéisme ou ce qui passait pour tel. Il repousse le « pasteur presbytérien » #. Toute inspiration individuelle est erreur, illusion, « fanatisme ». Aïnsi se marque l’action de Locke sur l’Église officielle : nier l’innéisme, c’est dénoncer l'enthousiasme ?4. On n’oubliera pas cette prévention contre les initiatives du sentiment, qui réfrénera chez Gray bien des ardeurs. Ses jugements sur la « folie » des commentateurs de Platon ou sur Shaîftesbury, charlatan « aussi vain que ses lecteurs », n’ont pas, en tout cas, d'autre motif; ni sa condamnation du déisme lyrique de Rousseau, de sa « faible tentative pour séparer les miracles de la morale » ?.
L/athéisme, toujours « un vil plat »?6, se présente sous deux formes. C’est, d’une part, « le clinquant, le blasphème et l'esprit » de la pensée voltairienne, de « la tourbe des libres penseurs » ?7. Excès inverse de l’enthousiasme, ennemi fatal du sérieux et du respectable, l'esprit (wif) ne s'accorde qu'avec le frivole et l’impie. Le triste honneur de le symboliser revient aux Français : « Leur athéisme est un peu abusif. Il est trop révoltant pour qu’on s’en amuse; et, depuis longtemps, leurs auteurs m'en ont donné la nausée » #4. Quand Nicholls partit pour la Suisse, Gray lui recommanda, par-dessus tout, de ne pas aller voir Voltaire. « Certaine-
20. Les théories de Grotius et de Puffendorf se répandaïient alors dans les universités anglaises. Cf. CT I 165. Le Droit de la nature et des gens figure dans les bibliographies du Commonplace Book.