Commonpl. BR. I, 8-9 (cf. CH
262 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-ii
tromblon » 4. I1 attaquait Clarke et Wollaston, Leïbnitz et Platon, Saint Paul et Moïse. L'univers est une chaîne continue jusqu'à Dieu, et tous les êtres y ont une place assignée par un déterminisme absolu. Nous constatons la puissance et la sagesse du divin artisan devant l’ordre parfait de son œuvre, mais nous ignorons ses desseins. La justice et la bonté ne valent que relativement à l'homme. Le mal et le péché, l’immortalité de l'âme et l'au-delà sont les inventions des théologies artificielles.
Avec la même indignation que Warburton ‘, mais avec une assurance pathétique, Gray éleva la voix #.
Certes, Locke nous a enseigné que Dieu ne peut se démontrer a priori et que nous n'avons de ses attributs qu’une notion incomplète. Mais c’est en nous, c’est dans le sentiment de notre existence que nous puisons la notion de son existence 4. Ne dites pas que l’ordre de la création constitue la seule manifestation compréhensible de sa très sage puissance : autant revenir à l’atomisme épicurien. Si le Ciel était indifférent, Dieu serait inutile.
Sa sagesse implique un but. Dieu veut le bien du tout et de la partie, de l’univers et de l'individu. Nous sommes entre ses mains, mais il est bon. C’est parce qu'il nous a créés dans sa bonté, et que, dans sa bonté, il nous montre les conditions de notre bonheur, que nous l’aimons. De toute sa force, Gray se tourne vers le double enseignement de Clarke : l'empire de Dieu sur ses créatures est fondé sur sa bienveillance et non sur son pouvoir; il est plus « logique en soi » que Dieu veuille le bien de la création que sa misère 50. S'il n’en était pas ainsi, si Dieu n’était pas « notre Père tout-bienfaisant », il faudrait conclure à sa malveillance. « Je tremble d'écrire une telle impiété. » Il ne nous resterait alors que nos craintes; et nos craintes nous conduiraient « au désespoir et au triste désir de l’anéantissement » 51. Devant le gouffre terrible que souhaite notre découragement et que notre courage redoute, Dieu est notre espoir.
C’est ici que Wollaston vient compléter Clarke. Car, pour si haut que l’on proclame l’ordre parfait de la raison, le monde est, à tout prendre, un séjour de souffrance. Gray attend celui qui lui parlera de son tourment et ne noiera pas sa douleur dans une moyenne de bien-être compensatrice; qui lui promettra la vie éternelle où « il sera fait réparation » 5?. N’enlevez pas à l’homme
46. Stephen, Thought, 0. c. sup. II vi n. 45, I, p. 177. 47. Ibid. pp. 182-3.
48. I/essai de Gray sur Bolingbroke, transmis par Mason, et analysé ci-après, se trouve dans TL IL 43-6.
49. Cf. TL, II 45 et Essay on H. U., II, xxiüi, 33-5 et IV, x (où Locke reprend, du reste, l’argument cartésien).
50. Selby-Bigge, 0. c. sup. n. 1, pp. 32-3, 48-0 (extraits du Discourse upon Natural Religion).