‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 263 sur 446 · Stephen, Thought, 0. c. sub. IL vi n. 45, I, p · texte numérisé non relu

Stephen, Thought, 0. c. sub. IL vi n. 45, I, p

IllHii LES IDÉES DE GRAY 263

l'espérance, sans laquelle il n'est « de vrai contentement dans l'esprit »5%. À ceux qu'il jugeait « adversaires de la religion », il ne pardonna jamais d’ôter cette « consolation sans la remplacer par une autre d’égale valeur »54, I/âme n'est pas mortelle. Ne nous conviez pas à la résignation, dans la certitude que nous allons reposer avec « les animaux, les plantes, les pierres et autres mottes de terre » et tous les « personnages du drame » 55. Gray avait toléré le Dieu de Pope 55. Quand ïil vit toute l’horrible étendue de son déterminisme chez Bolingbroke, il s’épouvanta : « C’est en vain que Monsieur le Vicomte essaie de ridiculiser l'imagination ardente et mélancolique de Mr. Wollaston dans ce beau monologue : « Faut-il donc que j'adresse un dernier adieu à ces avenues quand « je fermerai mes paupières, et faut-il que cet azur et tout ce grand « décor s’assombrissent et s’éteignent pour moi? Dois-je former « la poussière qui se mêle aux cendres de ces troupeaux et de ces « arbres, à la boue que je foule aux pieds? Ai-je été si haut dans « la vie pour être rabaissé à ce niveau dans la mort ? » Il n’est pas une tête réfléchie, pas un cœur doué de la moindre sensibilité qui ne pense de même ou qui ne sente, du moins, la beauté et la vérité de ces paroles en les entendant prononcer par un autre » 57.

Dans ses démonstrations, Gray cherche donc le Dieu qu'il a déjà trouvé. En un siècle de croyance raisonnée, il revient à l’attitude religieuse primitive en pensant raisonner la sienne. Sa preuve est d’une cause dont la finalité est un postulat de l'instinct. L'illusion est là, mais aussi le ressort secret. Réponse d’une certitude infinie à la voix de l’angoisse, Dieu vérifiait idéalement sa névrose. Nulle affirmation n'était superflue. Il se donnait le soutien des démonstrations inattaquab'es. Il rejetait tout ce qui peut effleurer l'assurance. Après quoi, il n’écoutait que son âme :

N'étant pas grand esprit, il croyait en un Dieu 58.

Répondant au fameux distique de Pope 5°, son vers substituait à un relativisme certain de se suffire à lui-même un acte de foi. I1 retrouvait le Dieu de la débilité humaine vers qui, dans une juvénile paraphrase du Psaume LXXXIV, il « tendait des mains avides », et qu’il appelait « du fond de son cœur silencieux » %.

Ce Dieu bienveillant exige la pratique de la vertu.

Alors que la rationalisation du spirituel s'oriente vers un hédonisme plus ou moins compatible avec la tradition religieuse, la loi morale apparaît comme la seule application humainement valable de la loi divine. On reprend l’antique recherche du « souve-

s3. 11 1,137 SALTT ENS 78; Si VPE IT 46:

56. Cf. Essay on Man, I, 91-8. Pope suit ici Locke, Essay on H. U., II, xx.

57. TL II 45-6. La citation de Wollaston est tirée de Religion of Nature delineated, ix. 58. On Himself, 4 (AB 84). 59. Essay on Man, II, 1-2.

60. Paraphrase of Psalm LXXXIV, 6-8 (AB 135). Cf. inf. IV i pp. 307-8.

294 L/ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III ii rain bien », l'identité socratique du bonheur et de la vertu. Vivre, c'est imiter Dieu, comme disaient les pythagoriciens, et bien mériter de lui en exerçant sur terre sa justice et sa bonté pour le plus grand profit de chacun et de tous. Morale finalement sociale, car, ainsi qu'un nombre dans une somme, le bonheur individuel n'est que la raison du bonheur collectif ft. Gray faisait écho à Clarke et à Wollaston en résumant ainsi l'Eutyphron : « L'intention de ce dialogue semble être de démasquer les notions vulgaires de la religion. indifférentes à la justice et à ces devoirs sociaux qui, seuls, peuvent nous rendre vraiment dignes de la divinité » ®?.

Mais comment définir la vertu et fixer son critérium? Au moment même où il dénigre Shaftesbury, Gray hésite entre les notions de règle acquise et de conscience innée; et, dans son calcul, perce le conflit de l’égoïsme et de la loi : « Nous ne sommes pas simplement [des automates dépendants] : il y a un pouvoir en nous qui lutte contre les forces et les tendances du mécanisme, règle ses mouvements et, par une pratique fréquente, l’amène à cette docilité immédiate appelée habitude : cela, conformément à une opinion préconçue, bonne ou mauvaise; au moins matériel des agents, une idée. J'en ai connu beaucoup qui, croyant vaincre un préjugé ancien, ne s’apercevaient pas qu'ils obéissaient à un autre préjugé plus dangereux, à un de ceux qui fournissent une excuse toute prête à nos pires actions et nous donnent toute licence de faire quoi qu'il nous plaise... Ces gens voulaient se persuader de leur opinion à cause de sa commodité, mais ils n’y réussissaient pas dans leur cœur. Et ils auraient aimé, comme la simple prudence le demande, que personne ne croie comme eux, par crainte du dommage qui leur en aurait pu advenir » ‘8.

Qu’entendre par ce « pouvoir » intérieur? Existe-t-il une concordance nécessaire entre l’approbation de la conscience et la légitimité sociale de l’acte? Gray semblera le croire lorsqu'il dira, en parlant de la vertu civique : « La plus grande et la plus pernicieuse de toutes les ignorances consiste à ne pas aimer ce que nous approuvons » 54, Mais il tire cette idée des Los et n’en examine pas plus loin la portée. Par contre, il a bâti dès sa jeunesse, et sous l'influence de I,ocke, une explication de la vie morale parfaitement claire et d’une importance essentielle 55.

Le flot vivant de nos actes jaillit de la sensibilité. Toute impulsion est passion. Puisant tour à tour dans l’Essar sur l'Entendement et dans l’Essai sur l'Homme$, Gray schématise ainsi la théorie :

61. Voir Locke, Essay on H. U., I, ii, 6 et Clarke, cité dans Selby-Bigge, 0. c. sup. n. 1, II, pp. 33, 54-6.

62. GW IV 103. Cf. Selby-Bigge, II, p. 373 et circa. 63-CTT/ II EA4T. 64. GW IV 290.

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