‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 264 sur 446 · Commonpl. Bk. I, 3, 144, 203 et sq. (Cf. CH · texte numérisé non relu

Commonpl. Bk. I, 3, 144, 203 et sq. (Cf. CH

66. Essay on H. U. II, xx; Essay on Man II, en part. 93-194, qu’il transcrit intégralement sur son livre.

JIIii LES IDÉES DE GRAY 265

les passions sont des « modes du plaisir et de la douleur »; la volonté invite à l’action « en vue d'atteindre le plaisir résultant de quelque Bien ou d'éviter la douleur accompagnant ce que nous appelons Mal »; le désir est le stimulant qui nous pousse, la crainte est notre protection contre le danger; l'amour sexuel assure la durée de l'espèce; les affections familiales, l’amitié, la charité constituent « les liens de la société et les fondements des vertus primordiales ».

Contrairement à celle de Shaftesbury et de Hutcheson, cette morale des sentiments restera empirique. Pour mieux dire, l’expérience est la condition qui régit son enchaînement. Qu'est-ce que la honte, par exemple, sinon le sentiment « qui nous empêche de commettre une seconde fois des folies ou des erreurs qui ont déjà provoqué en nous une sensation de malaise »? La sympathie nous émeut pour notre prochain; mais nous serions « insensibles à sa peine si nous n'avions pas éprouvé nous-mêmes de chagrin; et nous ne pouvons la concevoir que par comparaison avec la nôtre »°7. Cette idée, Gray la redira souvent et sous plusieurs formes. File aura pour accompagnement la voix de Didon troublée par les infortunes d’Enée :

Non ignara mali, miseris succurrere disco 8,

Entre le bien et le mal, la différence n’est pas de nature, mais de modalité. L/impulsion enferme la possibilité du bon comme du mauvais. La joie et la douleur, la vertu et la faute sont voisines, et, en un sens, solidaires. Le désir ne devient tentation que « pour ceux à qui manque une claire notion des douleurs qui lui sont annexées » 6, Le mal « n’est pas dans les passions, mais dans leur excès ». Et Gray ajoute « dans leur manque de conformité avec la raison, qui nous est donnée pour leur limitation » ®. Dans quelle mesure cette raison est-elle la synthèse de l'expérience ou participe-t-elle de l'absolu? Il ne s’en préoccupe pas ni ne se soucie, sur ce point, de ses propres contradictions.

En tout état de cause, la raison n’étouffe pas la passion. Bien au contraire, la passion est la substance que la raison modèle, mais dont elle vit : elle est aussi nécessaire que l'expérience. La première parole de Gray a été pour condamner, avec Aulu-Gelle, l’apathie stoïcienne 1. Il connaît trop bien, au fond de lui, l'impossibilité de l'indifférence. Maïs il insiste, avec Locke, sur le caractère inévitable des passions et sur leur valeur morale : « Si nous voulions les déraciner, il faudrait déraciner les plaisirs et, avec eux, les vertus » 72. Il souligne le développement de la même idée

67. Commonpl. Bk. I, 3. Cf. Essay on H. U., II, xx, 17. 68. Enéide, 1, 630 (Commonpl. BR. I, 3). Cf. TL, I 33, 146. Co RATS:

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