‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 269 sur 446 · Cf. À Luc., LXIIT; LXXVIII (et sup. I ii, pass · texte numérisé non relu

Cf. À Luc., LXIIT; LXXVIII (et sup. I ii, pass

270 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE Ii

Néron, il eût été « frappé de paralysie » plutôt que de se laisser ouvrir les veines. Mais si notre ascète ne‘fut qu’un orgueilleux, du moins le fut-il le regard fixé sur la vertu, faisant de son égoïsme une probité. es

Ii put alors parler de son illusoire tranquillité monastique, s’attendrir sur le souvenir des morts, et, fier de savoir ses tourments et d'entretenir ses moindres blessures, croire dominer la vie. Superbe, la pensée sanctionnait une deuxième fois le désarroi du cœur et la faiblesse nerveuse. Une flamme lui montait parfois, des velléités de création platonique, une « génération selon l’esprit »1%. Cela correspondait à son triste amour et lui donnait une noblesse. Palgrave, Nicholls, de Bonstetten en virent l’épanouissement : « L/âme forte et élevée de M. Gray avait sur moi tant d'empire qu’il me semblait que j'avais honte de moi-même; il m'élevait au-dessus de moi, et si le sort m’eût permis de vivre avec lui, je sens qu'il n'y avait rien de grand dont je ne fusse devenu capable. Les Français raisonnent quelquefois bien et de Patrie et de Vertu; mais quand M. Gray m'en parlait, j'étais ému comme si j'avais entendu la voix d’un dieu » 14. Aïnsi, lorsque le mortel divin du Banquet « rencontre une âme belle, généreuse et bien née, cette réunion en un même sujet lui plaît souverainement. Auprès d’un être pareil, il lui vient une foule d’éloquents discours sur la vertu, sur les devoirs et les occupations de l’homme de bien. Enfin, il se voue à l’instruire » 195,

On voudrait connaître ses paroles sur la patrie. Sans doute, au moment où l'Angleterre entonnait le Rule Britannia, fut-il fier de sa nationalité. On se rappelle ses lettres à Algarotti : « Je ne désirerais pour rien au monde être né autre qu'Anglais » 196, Certains « exemples de méchanceté envers notre pays qui sont : très sots » irritent son amour-propre 107. À l'égard des faits, il professe le détachement; écoute les nouvelles d’une oreille distraite et sans se croire plus touché que « n’importe quel villageois » 1%, I] a des curiosités de badaud mi-étonné et mi-railleur. On le voit, à Londres, recueillir des potins, de menues intrigues, qu'il rapporte à Wharton ou à Brown dans un style de gazette 10, Ii suit la foule, inaperçu.

Ecoutons cependant ses propos sur la politique extérieure. Il a honte des effectifs médiocres envoyés en Allemagne au début de la guerre de Sept ans, et redoute à la fois que son pays ne soit incapable de poursuivre une entreprise aussi écrasante 110, Il

103. Platon, Banquet, 206. Cf. Dugas, o. c. sup. n. 83, p. 42.

ve rs de de Bonstetten à son père, s. d., citée par M. L. Herking, o. c. sup. II iv n. 83, p. 68.

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