TL II 36. T9. TI IEIPE30: 20 EI; LD I
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24 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I abîme infranchissable. Son impulsion s’amortit et se fixe dans une position d'inertie. Il renonce à l’action. : ;
On en peut juger par certaines paroles. Sa formule «être occupé, c’est être heureux » lui paraît aussi rigoureuse qu une égalité algébrique. En revanche, elle ne lui procure que l’amère déception de le constater. « Je me réjouis, dit-il à Walpole, de ce que vous puissiez remplir tous vos vuides ; la Maintenon re pouvait le faire, et c'était là son grand malheur. Pour vous parler sérieusement, je vous félicite de votre bonheur, et il me semble que je le comprends. La recette est simple : ayez quelque chose à faire, c'est tout ! Combien cependant peuvent-ils l'appliquer? »?? Presque au même moment, il écrit à Richard Hurd : « Etre occupé, c’est être heureux. J'adopte ce principe, dont je suis convaincu. Il n’a, en général, aucune influence sur ma conduite. Je suis seul et ennuyé au dernier degré; mais je ne fais rien » *#.
I1 évolue dans un cercle vicieux : pour être heureux, il faut agir; pour agir, il faut vouloir; la tristesse est à la fois un empêchement à l'exercice de la volonté et une justification. Au moment où West hésitait à entreprendre l'étude du droit, Gray lui adresse ses conseils : « Je sais quel grand obstacle la mauvaise humeur est à la résolution. Croyez-vous bien que si vous faisiez une promenade à cheval de dix milles tous les matins, au bout d’une semaine vous n’auriez pas de plus grandes espérances d’arriver à la Chancellerie? »24 Cette salutaire promenade à cheval est précisément l'exercice à lui défendu. Du reste, après avoir. exposé les deux genres de vie qu'il distingue, la vie pour le monde et la vie pour soi, il conclut : « Si votre inclination ne se fixe pas sur autre chose, c'est un signe que vous n'avez pas d’objection absolue à ce parti, et un avertissement qu'il ne faut pas prendre de la simple indolence pour de l'incapacité. J'ai le sentiment que rien n’est plus opposé à ce dont je voudrais vous persuader que ma propre conduite, et vous pourriez imaginer que je ne pense pas ce que je dis. Mais je n'agis pas comme je pense, et je préfèrerais être un objet de pitié pour vous, plutôt que vous n’en soyez un pour moi » 25.
Voici Gray apparemment résigné à son sort. Tout comme il se résigne à être malade, il se résigne à ne pas exercer sa volonté. Trois mots : solitude, ennui, inaction décrivent son état : « Je suis seul et ennuyé au dernier degré : mais je ne fais rien »26. Il condamne l’indolence, la sachant néfaste. Mason lui paraît « si indolent que, s’il ne peut surmonter cette habitude, toutes ses bonnes qualités ne le mèneront à rien »?7. Pour lui-même, il en va tout autrement. L'habitude mauvaise devient normale, naturelle, et, en
22 LE 10 23. TL, I 347. On retrouve la formule dans TI, II 199, 200. 24. Il; 177 25. Ibid., 77-8. 20, CH 03