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J-ii PESSIMISME, SOLITUDE MORALE 25
quelque sorte, nécessaire : « Tenez compte de mon indolence, de ma répugnance à agir, de mon manque d’empressement à nourrir tout espoir, pour si flatteur qu’il soit »°#. Il déclare même, dans un paradoxe plaisant, que la paresse serait un passe-temps fort agréable s’il pouvait goûter jamais quelque agrément : « Croyez-en ma parole et mon expérience, ne rien faire est la plus amusante des occupations, et cependant ni quelque chose, ni rien ne me donne de plaisir »*. Plus tard, il écrit à Walpole : « Nous sommes tous deux maintenant, j'imagine, dans une situation peu agréable. Pour ma part, j'ai le malheur de n’avoir rien à faire; mais c’est un malheur que, grâce à mes étoiles, je peux assez bien supporter »®.
À quoi donc aspire, en dernière analyse, ce singulier régime d'exception? Sans doute à un retrait des contingences; à une assurance, par la neutralisation des facultés, contre les épreuves menaçantes. C’est, sur un plan moral, une suppression de l'être, un suicide. Il existe, selon Gray, deux sortes de mélancolie, la mauvaise et la bonne; celle que l’on doit redouter par-dessus tout; celle à laquelle, au contraire, on peut s’abandonner et qui vous plonge dans une agréable apathie. Tandis que l’autre est noire, celle-ci est blanche; il l'appelle leucocholie : « Bien qu’elle ne rie ni ne danse que rarement et ne s'élève même pas à ce qu’on nomme Joie ou Plaisir, elle est bonneet facile, et ça ne laisse que de s'amuser. Son seul défaut est l’insipidité. Elle peut provoquer parfois une sorte d’ennui qui vous fait former certains petits désirs sans portée. Maïs il en est une autre sorte, noire en vérité, que j'ai de temps en temps ressentie, et qui offre un point commun avec la règle de foi de Tertullien, credo quia impossibile est; car elle croit tout ce qui est invraisemblable; bien plus, elle en est sûre, pourvu que ce soit effrayant. Elle ferme les yeux, d'autre part, aux espoirs les plus réalisables, à tout ce qui est agréable. De celle-là, que le Seigneur me délivre! Car lui seul et le soleil peuvent le faire »°1.
Ainsi, à côté de la mélancolie proprement désolante, qui interdit tout espoir, repousse tout bonheur possible, il y a celle qui émousse toute velléité de désir, s’alimente de vagues songes. Cette dernière lui plaît; elle répond à son besoin de certitude. On a voulu voir chez Gray une volupté dans la douleur, un goût pour les « sombres plaisirs d’un cœur mélancolique »*%. Son cas est plus misérable. Il ne recherche pas une sombre volupté, mais un oubli, un état d’aboulie, une « apathie parfaite »%. Il voudrait tuer sa conscience. Voulant se croire satisfait d’un tel renoncement, il trouve dans un pessimisme nourri de sa propre substance un remède approprié, c’est-à-dire un poison. La conduite de lord Holdernesse compromet, depuis quelque temps, la fortune de Mason. Gray se console sur le sort de celui-ci, car «il s’est très