‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 275 sur 446 · GW IV 290, 291. 155. GW IV 214. 156. GW IV · texte numérisé non relu

GW IV 290, 291. 155. GW IV 214. 156. GW IV

276 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-ii

qu’elle se propage aujourd’hui en France et en Angleterre, et y produira, vraisemblablement, les mêmes effets » 157.

On voit par là que la société primitive ou campagnarde vaut mieux que la société évoluée ou citadine. Non parce que l'homme y est plus près de l’état naturel, mais parce que la civilisation n'a cultivé en lui ni les nobles vertus, ni les vices corrupteurs. Les appétits sont limités, les besoins humbles par ignorance. La simple force des choses veut que cette société s'approche de l’état idéal de tempérance et de sagesse. Une telle conception cherche des preuves dans l’histoire : « La ressemblance entre les républiques italiennes et celles de la Grèce antique m'a souvent frappé » 156. De célèbres pages s'imposent à l'esprit : celle où Cicéron montre que « les Mèdes, selon Hérodote, et, selon moi, nos ancêtres, n'élevèrent sur le trône des hommes vertueux que pour jouir de la justice »; celle où Tite-Live, dans l’épisode des Privernates, proposait « un exemple de la valeur qu'attribuaient les Romains à un esprit libre et généreux au bon temps de la République » 1°. En regard de quoi Gray ajoutait le commentaire de Machiavel, où l'Italien, qui n'ignorait pas non plus son Platon, montrait «combien le courage et la vérité ont de charme et d’empire, développés en liberté devant des hommes sages » 160,

Gray ne fut pas plus un Diogène qu'un Caton. Devant le tonneau, il serait « devenu difficile »; en présence d'Alexandre, le soleil l’eût incommodé 151, Conduit par son milieu à s'inquiéter de la question politique, il n’y trouva qu'un nouveau prétexte à racheter son infériorité. Combien son système répondait à son instinct profond, on le comprendra à la lecture d’un paragraphe où, analysant la République, il retrouve son souci : « Lorsqu'un jeune homme a vu les malheurs que l'ambition a précipités sur sa famille — amendes, exil, confiscation et jusqu’à la mort même — l’adversité et la crainte abattront son courage et humilieront ses talents. Il appliquera ceux-ci à l'acquisition d’un avoir par des méthodes plus sûres, par l’art lent et secret du gain. Ses facultés rationnelles et ses passions nobles se plieront au désir de l’acquisition. Il admirera et imitera les autres dans la seule mesure où ils possèdent le grand objet de ses vœux. Sa passion pour la richesse étouffera en lui l'amour du plaisir et de la dépense. Mais cet amour, par manque de philosophie et d’une bonne éducation, vivra toujours dans son cœur et se manifestera, quand il en trouvera l’oc- Casion, par quelque sournoise injustice aux dépens d'autrui » 162,

157. TP 290. Cf. Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, X, début.

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