‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 277 sur 446 · O. c. sup. n. 165, p. 464. 170. Emile, I, début · texte numérisé non relu

O. c. sup. n. 165, p. 464. 170. Emile, I, début

278 L'ACTIVITÉ INTELLECTUELLE III-iii

vertu « les lumières que son esprit est tout prêt à recevoir M L'idéalisme austère et démocratique de nos Conventionnels fera de ce principe un dogme politique. Lee >

Entre Milton et Rousseau, toutefois, il fallait Locke pour éliminer, avec l’innéité, le péché originel. Pas plus qu'ailleurs, Locke ne résout ici le problème métaphysique. Ses traités spéciaux sur l'éducation, tout en rangeant la sagesse en première ligne et en dernier lieu le savoir, ne s'appliquent qu’au futur gentilhomme 1”?, Mais sa psychologie accomplit une révolution : puisque l'esprit se forme empiriquement, l'éducation est une expérience dirigée, et elle acquiert tout pouvoir dans la formation de l'esprit 173. Notons bien que rien n’est absolu chez lui, pas même sa fable rase. Il croit aux dispositions naturelles, et constate qu’elles « établissent de si vastes différences entre certains hommes qu'aucun art ni aucune application ne les pourraient vaincre » 174, Cependant, l'expérience conserve le rôle décisif : « Les différences que l’on observe dans l’entendement et les aptitudes des individus ne dépendent pas tant des facultés naturelles que des habitudes acquises » 15. Et s’il est trop tard pour faire « du laboureur d'âge mûr » un gentilhomme, « nous naissons avec des facultés et des énergies capables de presque tout. C’est l'exercice seul qui nous assure la capacité et l’habileté en toute matière, et nous conduit vers la perfection » 176.

Gray a lu Platon à travers Iocke. Point de plan éducatif dans sa pensée, nul « projet » à la façon de l’abbé de Saint-Pierre. Il admire en Rousseau l’observateur perspicace de l'enfance, mais sourit de son système 177. Il se place dans l’abstrait.

Du Protagoras, il extorque l'affirmation que l'éducation est possible et qu’elle mène à la vertu. Il retient l'exposé de Protagoras lui-même, bientôt réfuté par Socrate 18. S'appuyant sur des passages parallèles du Sophiste, de l’Euthydème, des Lois et même des Lettres, il croit discerner « la véritable clef et la grande morale du dialogue : le savoir est l'unique source de la vertu, et l’ignorance la source du vice... En conséquence, la vertu peut être enseignée et acquise, et la philosophie seule peut nous montrer la voie »17%, Le mythe de la caverne démontre « qu’une bonne éducation première détourne l’œil mental des ténèbres de l’incertitude vulgaire, et le porte vers la claire lumière de la vérité » 150. L'ignorance, au contraire, entretient l’âme dans un état « de

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