‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 285 sur 446 · Cf. Pope, Pastorals, I · texte numérisé non relu

Cf. Pope, Pastorals, I

290 LE POÈTE IV-i

des idéalisations figées ou des fadaises amoureuses, le recueillement s'écoute lui-même et retrouve en soi la voix des choses. Il s'entend, infini et musical, angoissé et orgueilleux, gonflé d’espoirs et de langueurs. Les images recomposent une trame rêveuse où la conscience ébauche un instant ses mystères. Fixant sa voix intime à un concret reproduit ou fictif, la poésie va devenir pittoresque, méditative et vraiment lyrique. L/inspiration, qui est sa foi, peut seule conclure. Mais c’est de sa vision qu’elle s'émerveille.

Gray venait d’avoir douze ans lorsqu'on lui acheta un Waller. Son exemplaire est garni de notes #. Ce Malherbe du vers lisse fut peut-être son premier modèle anglais. De Prior, West disait, conscient de ses artifices, la délicatesse, le doigté dans le pastiche de l’épigramme grecque. Prior est « joli »; 1l rappelle Quarles, le moins obscur des lyriques du siècle passé, et exauce leur admiration imitatrice pour les anciens 4. Pope s'impose à eux par le prestige de son œuvre éminente et sa retentissante carrière. Ils suivaient rigoureusement ses publications, s’en trouvaient « charmés », et risquaient à peine, dans leurs jugements directs, une réserve sur la « métaphysique » de la Dunciade #4. Leur opinion sur les précurseurs d’une inspiration nouvelle est à peine saisissable. Refusent-ils à ces poètes les droits de leur cité? Leurs innovations ne les frappent-elles pas autrement que la note exceptionnelle de l’Héloïse, ou que, au milieu d'une œuvre terne, le Nocturne de Parnell? Il n'existait pas, pour eux, d'opposition entre le passé et les dissidences encore faiblement marquées du devenir. Si Gray commença à traduire en latin le plus populaire poème de John Philips #5, est-ce à l'exemple de Roscommon qu’il essaya une nouvelle version du monologue de Guarini 4? S'il ne devait affirmer que plus tard le génie de Thomson comme peintre de la nature #7, peut-on croire qu'il n'ait pas lu les Saisons dès ses jeunes années ? Sa faveur pour le Tickell de la ballade de Colin et Lucy, sa courageuse appréciation de Dyer, visiblement antérieure à la date où il l’exprime, ont leur sens 4; son aveu surtout d’avoir imité Green dans son premier poème anglais 4. Isolé, mélancolique par tempérament, Green annonçait avec plus de modestie, mais plus d’esprit que tout autre, la méditation dégagée du lieu commun moral, le retour sur soi, le rythme intérieur, la « danse des passions » 5°,

Historiquement, leur poésie anglaise commence-t-elle avec Cowley ?51 De Chaucer, on ne parle pas encore. Depuis la Restau-

42. Catalogue 1851, 0. c. sup. III i n. 22, n° 131. En arrivant à Gênes, Gray cite de mémoire la Bataille des Bermudes (CT I 263).

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