‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 306 sur 446 · Luna, 54-5. Cf. AM 180 (En., I · texte numérisé non relu

Luna, 54-5. Cf. AM 180 (En., I

Il obtient les mêmes nuances dans l'émotion du distique, soit pour évoquer le tumulte de la bataille :

Maurumque ala, et nigræ increbrescere turmæ, Et pulsa Ausonidum ripa sonare fuga.

(Elegiacs, 5-6)

ou pour peindre la famille heureuse :

Oh quanta aspicerem lepidam dulcedine gentem Luderet ad patrium dum pia turba genu, Maternos vultu ridenti effingere vultus Balbo maternos ore referre sonos,.

(« Vah, tenero... », 25-28)

Avec délicatesse, il sait adapter le pesant latin à la légèreté des mètres lyriques. C’est à la strophe saphique ou à la strophe alcaïque qu’il confie ses effusions intimes. La première, avec sa fluidité et la modulation de sa clausule, exprime sa plus mélancolique méditation :

O ego felix, vice si (nec unquam Surgerem rursus) simili cadentem Parca me lenis sineret quieto Fallere letho !

(Arist., 45-8)

Plus véhémente, la strophe alcaïque retentit de son appel au

dieu de la montagne :

Saltem remoto des, Pater, angulo Horas senectæ ducere liberas; Tutumque vulgari tumultu Surripias, hominumque curas.

(Zephyr., 17-20)

L'œuvre juvénile de Gray comporte encore quelques traductions. Comme chez West, c’est le choix des morceaux, au moins autant que l'exécution, qui importe. Ecrite d’une main d’enfant, très paraphrasée, et en rimes péniblement régulières, voici une étrange petite image, tirée de la Thébaïde : au plus fort de la bataille devant Thèbes, le jeune Crénée, fils de Faunus et de la Nymphe de l’Ismène, combat dans le fleuve maternel. Au sein des eaux qui le caressent, il se sent protégé de toute atteinte meurtrière; et, avec volupté, il parcourt ces ondes rougies par Île sang de l'ennemi 24, A peine plus experte, une autre fresque, tirée du même poème, reproduit l'épisode où Phlégyas, Ménesthée et Hippomédon rivalisent d’habileté à lancer le disque : scène de poses et de mouvements athlétiques *5. La fine ingéniosité de Stace s'écrase platement sous les gauches inversions, les banales épithètes et les violentes redondances. Mais on remarque l’exhibition musculaire

204. CT II 299-300. Cf. Thébaïde, IX, 319-27. 205. AB 105-8. Cf. Thébaïde, VI, 646-88, 704-24.

318 LE POÈTE IV-i

de ces beaux jeunes hommes; la progression vers la victoire, suivie par une assistance haletante; l'exploit final de la force victorieuse.

CE : ; : > Pourquoi s’attardait-il sur la représentation de triomphes qu il

méprisait tant? :

Une traduction de Dante, écrite en 1737, révèle une très superieure maîtrise. C’est l'épisode d’'Ugolin 2%. De vagues correspondances avaient dû le fasciner dans cet horrible récit. On sent qu'il se complaît au réalisme atroce, et décompose avec soin chaque phase du long supplice. Il a conquis plus d’aisance en adoptant le vers blanc et en multipliant les enjambements. La fidélité au texte est remarquable 27, C’est une traduction cruelle et exacte, qui cherche la couleur archaïque par des réminiscences de Spenser, et, par des réminiscences de Shakespeare ?*#, revit l’angoissante tragédie :

… J'avalai mon tumultueux chagrin, pour ne pas grandir le leur. Ce jour, et encore un autre, muets nous demeurâmes, et immobiles. Oh Terre ! ne pouvais-tu t'ouvrir soudain pour me dévorer? Un quatrième jour parut et Gaddo, étendu à mes pieds, implorant en vain mon aide, expira. Avant que le sixième matin ait blanchi, mes trois autres devant mes yeux moururent un par un. Je les vis tomber. J’enterdis leurs douloureux cris. Pendant trois nouveaux jours, à tâtons je me tournai parmi leurs restes froids (car désormais la faim m'avait ravi la vue), appelant souvent leurs noms chéris, qui plus ne m’entendaient. Le quatrième, ce que la douleur re pouvait, fit la faim. (68-81)

Du Tasse, Gray tire un de ces « enchantements » que condamnait Voltaire, le voyage souterrain d’'Ubalde 2%, Cette quête dans le merveilleux, cette initiation, sous la conduite d’un guide étonnant et sage, aux secrets de la nature et aux sources du monde, il les comprend en rêveur germanique, et il augmente le volume de la phrase, non pas seulement pour remplir son distique, mais par penchant à préciser l’irréel :

Is vont plus loin, où coulent des miréraux qui se forment, où resplendissent, embryonnaires, les métaux inassimilés,

où luisent les veines de soufre et le vif argent

que la féconde chaleur du soleil bientôt raffine,

et, unissant en une précieuse masse la riche substance,

en amalgame les parties, et forme de dur minerai.

Ici des gemmes lancent dans la nuit des lueurs éclatantes, et peignent la rive du somptueux courant;

206. AB 119-23. Cf. Enfer, XXXIII, 1-26. L'Enfer ne devait être traduit entièrement en vers anglais qu’en 1785, par Henry Boyd (DNB vi, 91).

207. Sauf quelques modifications (14-5, 24-5), et un passage confus (28-40).

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