Ibid., n
28 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I - iii
Inversement, s’il proclame un peu haut son mépris pour un privilège désirable, nous dressons l'oreille : il veut sans doute s'élever au-dessus d’une convoitise inavouée.
Trop pauvre pour être acheté, trop fier pour importuner,
il ignotait la méthode pour se faire une fortune...
de place ou de pension, il n’en désirait pas, 3 mais il laissa l'Eglise et l'Etat à Charles Townshend et au Squire “.
Tel il aime à se décrire; tel il voudrait qu’on le connaisse. Examinons-le en présence des faits.
Lorsque, en 1757, on lui offrit la succession de Colley Cibber comme poète lauréats, il écrivit une page d’ironie demeurée fameuse 51. Cependant, la veine de mépris, où il n’épargna même pas son idole Dryden, une fois épuisée, il dévoile la raison véritable de son refus : « Le poste a toujours été humiliant pour son détenteur, s’il était pauvre écrivain, en le faisant remarquer davantage; s’il était bon, en le mettant en guerre avec le menu fretin des gens de sa profession : car il y a des poètes assez petits pour envier jusqu'à un poète lauréat »5% D'un côté, le ridicule le guette; de l’autre, une conspiration de haine. I s’efface, avec la conviction profonde que l’honneur est indigne de lui.
Rien ne peut lui arriver de pire que d’avoir ouvertement sollicité une faveur et d’essuyer un refus. Une indifférence simulée, un dénigrement, si l’on peut dire, « posteriori, constituent alors sa seule et pitoyable défense. Dans l'affaire Shallet Turner, il s’estimaïit tout désigné pour le poste : « Je peux certainement le solliciter avec autant et plus d'opportunité que quiconque »53%. Il croyait à la réussite; ses amis lui avaient déclaré « qu’il suffisait de tendre la main pour cueillir le fruit mûr prêt à tomber »54 Il échoua; avala son dépit, mais exhala sa rancœur en aigres sous-entendus : « J'ai reçu ma réponse très vite. Vous pouvez facilement l’imaginer. Flle était accompagnée de grandes protestations de son désir de me servir en une occasion future et de bien d’autres belles paroles que je passe, non par modestie, mais pour une autre raison »55.
Pris isolément, ces gestes seraient excusables et peu convaincants, si nous ne pouvions saisir le mouvement spontané de son orgueil lorsqu'un projet se réalise, ou qu’il reçoit seulement des marques de considération. Les exemples sont nombreux. Voici les compliments de Bedingfeld, qui s’est dérangé pour faire sa connaissance et dont il reçoit une lettre « qui, il y a quinze ans, aurait pu me faire tourner la tête »55; les lettres mi-obséquieuses à Algarotti, en qui il trouve un des « rares vrais juges, qui sont si clairsemés sur la surface de la terre »57, — entendons un des rares