‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 316 sur 446 · IV-ii AUTEUR MALGRÉ LUI · texte numérisé non relu

IV-ii AUTEUR MALGRÉ LUI

Est-ce à la suite de ce nouvel abandon qu'il reprit les « vers d'automne », ou quelques mois plus tard, lorsqu'il eut conduit au cimetière de Stoke le cercueil de sa tante Mary? Depuis longtemps sur le métier, tissé et retissé dans le mystère, le poème devait s’attarder entre ses mains jusqu’à l'été suivant. « Je suis à Stoke depuis quelques jours, annonce-t-il à Walpole. Ayant fini une chose dont vous avez vu le début il y a longtemps, je vous l'envoie tout de suite. Vous la jugerez, je l'espère, en sa qualité d'œuvre terminée : c’est 1à un mérite qui manque, et qui manquera sans doute, à la plupart de mes écrits » 54.

On a dit et redit comment Walpole, enthousiasmé par le poème, le fit circuler parmi ses relations #5. On sait comment Lady Cobham, la châtelaine de Stoke, en eut connaissance. On se rappelle les circonstances qui amenèrent Gray aù Manoir, et comment il broda sur l'événement sa Longue Histoire, ballade héroï-comique #6. Malgré une aussi agréable notoriété, l’Elégie restait manuscrite. Et l’on a pareillement raconté comment, un beau matin, Gray en détresse appela son ami : « Puisque vous m'avez entraîné dans un vrai désastre, il faut im’aider de votre mieux, je crois, à en sortir. Hier, j'ai eu le malheur de recevoir une lettre de certains Messieurs. qui ont pris en main le Magazine of Magazines. Ils m'écrivent qu'un ingénieux poème intitulé Réflexions dans un cimetière de campagne leur a été communiqué, et qu’ils l’impriment aussitôt; qu’on Îles informe que son excellent auteur n’est autre que moi, et qu'ils sollicitent non seulement mon indulgence, mais l'honneur de ma correspondance. Je ne suis disposé à être ni aussi indulgent, ni aussi correspondant qu'ils le désirent, et je n’ai qu'une mauvaise ressource pour esquiver l'honneur qu'ils voudraient m'infliger. Veuillez donc, je vous prie, demander à Dodsley de l’imprimer immédiatement (il peut le faire en une semaine) d’après votre copie, sans nom... » 57 La lettre est datée du 11 février 1751. Le 16, l’Elégie était en vente chez Cooper, dans Paternoster Row 5.

Le succès fut instantané et immense. Il y eut cinq éditions dans l’année *. Non seulement le Magazine of Magazines l'insérait dans son numéro de février, mais, en mars, ce fut le tour du London Magazine et du Scots Magazine, en avril celui du True Brion *. Dodsley l’expédia jusque chez Shenstone, aux Leasowes #1. Dès février, la Monthly Review déclarait : « Cet excellent petit poème est si lu et si admiré par tous qu’en dire davantage serait inutile »#. La nation entière récita les strophes. « Mr. Gray, notre élégant poète, » disait-on désormais à Cambridge #. Et à Oxford,

33. Le 5 nov. 1749. Cf. CH 71. 34. TL, I 205. (12 juin 1750).

35. MM III 125-7; GL 100-1; TP 131, 167-70. 30 1CL- SUP. TL 1 p.106: 27 CL CECT0S-4: 38. Cf. GL 104; TP 131; BN 492. Cf. CH 72.

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