‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 320 sur 446 · IV-ii AUTEUR MALGRÉ LUI · texte numérisé non relu

IV-ii AUTEUR MALGRÉ LUI

side *, Il s’amusa des ignorances de la Critical Refiew, mais trouva quelque joie en lui-même à lire un article qui reflétait le point de vue des admirateurs : « Mr. Gray a déjà donné au public des morceaux de poésie lyrique qui, selon nous, ne déshonoreraient pas les âges les plus purs de l'antiquité... Dans les odes que voici, nous ne trouvons pas seulement la variété et la douceur charmante de sa versification, mais la flamme, la fougue et l'enthousiasme de Pindare.. Cette obscurité même est comme un voile mystérieux qui donne à l’œuvre un air vénérable et classique » 77.

En dépit des réserves, Gray n’en est pas moins devenu le poète: vivant le plus célèbre. L'hommage officiel lui vint au mois de décembre, à la mort de Colley Cibber. Le duc de Devonshire "8, récemment nommé lord chambellan, pria son frère, Lord John Cavendish *, d'offrir à Gray la couronne de Lauréat #. Mason servit d’intermédiaire, et l’on sait l’accueil qu'il reçut 8. L/honneur alla à Whitehead, dont le plus grand mérite était d’avoir réalisé un de ses rêves, adapter à l’ Angleterre la tragédie classique française #?. Mais ce fier renoncement n’était pas le moindre.

Car il repoussait en même temps la Muse. Certes, il écrivit quelques vers à l’occasion; des épitaphes, des rimes amusantes ou satiriques #5. Il publia les traductions septentrionales destinées à l'Histoire de la Poésie, et qui, lorsqu'elles furent connues, prirent une place marquante à côté d’Ossian, d’'Evans et de Percy 84. Il y eut aussi son chant du cygne, une sorte d’apothéose un peu fausse et manquée.

On la désigne sous le nom d’Ode avec Musique #5. Le 29 novembre 1768, le duc de Grafton, premier ministre depuis la chute de Pitt, avait été élu chancelier de l'Université. La cérémonie de son installation devait avoir lieu le rt juillet de l’année suivante, et l’usage voulait une pièce de vers. Gray, qui devait à Grafton son professorat, s’offrit. Ce fut pénible. « I1 considéra cela comme un devoir accepté avec beaucoup de répugnance, et ce n’est que longtemps après qu'il en eut parlé qu’il se décida à commencer » #6, Ce fut humiliant et presque une vengeance du destin, pour lui si soucieux d'indépendance. I1 se brouilla avec Delaval, qui « me dit la honte qui m'attendait, et s’efforça de me dissuader de faire une chose qui était déjà faite » #7. I/appréhension des critiques le rongea. Il écrivit à Wharton : « Je sais que [cette ode] va m'attirer des injures. Mais je l’ai écrite et je l'ai remise au Vice- Chancelier. Qu'on n’en parle plus » #8. Il voulut que Stonhewer

70 LE 18270253: 77. Août 1757, p. 167. 78. DNB ix, 375.

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