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334 LE POÈTE IV-ii
priât le duc de «l’excuser de la liberté qu'il allait prendre dele louer face à face » ®. John Randall, l’organiste de la chapelle du King's College, composa la musique, dirigea l’orchestre, les chœurs, les répétitions. Gray assista à ces préparatifs en dénigrant les meilleures volontés : « Mon Odicule a été répétée et répétée, et les jeunes gens en savent des lambeaux par cœur. Je m’attends à ce qu’elle soit hachée en morceaux parle North Briton avant sa naissance. La musique vaut les paroles. On pourrait croire que celle-là est de moi, et que celles-ci sont du Dr. Randal. Si vous venez, vous verrez tout ça, et vous chanterez votre partie avec Mr. Norris et Mr. Clerke, le Pasteur, Mr. Reinholt et Miss Thomas — autant de célébrités des concours de musique de Salisbury et de Gloucester, et gens très versés dans Judas Macchabée » *, La cérémonie eut lieu dans le bâtiment du Sénat. L'ode fut tirée deux fois par l’imprimeur de l'Université, et immédiatement répandue par le Gentleman’'s Magazine, la London Chronicle, le Universal Magazine et le Universal Museum °:. Les craintes de Gray ne se réalisèrent que trop. Dans le North Briton, Junius écrivit un article dirigé, il est vrai, contre Grafton, mais où il parlait de la « muse vénale » *?. Un autre périodique trouvait que Gray avait trop oublié ses principes, et insérait une grossière parodie de l’épitaphe de l’Elégre : .… Ne cherchez pas plus loin à dévoiler ses actes, car il a sacrifié, hélas ! sur l’autel de la Corruption, etc. *
Aussitôt qu’il le put, Gray partit vers le Nord, et alla oublier ces méchancetés parmi les montagnes du Cumberland °4.
Dans l’ensemble, du reste, les longues années qui s’écoulèrent entre 1757 et sa mort lui furent flatteuses. De sa fenêtre de Pembroke, il put assister à sa célébrité. I1 en connut la rançon. Il eut à subir des moqueries, des satires, dont quelques-unes, comme celle de George Colman, où il se voyait traité de « mignon du goût et de la mode », le touchèrent au vif 5. En revanche, il reçut mainte preuve de sa haute réputation. Il connut la grande estime d’Algarotti, ce Mercure européen %. On se rappelle que Beattie, apprenant son voyage en Ecosse, vint spontanément à lui, déclarant son « admiration pour son génie et sa dévotion à sa personnalité »°7. Dans une nouvelle édition de son Essai sur Pope, Warton réhabilitait éloquemment les odes pindariques, en montrant à la fois l'intérêt de la couleur et de l'inspiration celtiques, la pureté et la noblesse de limitation du lyrisme grec *#. Les édi-