‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 322 sur 446 · O. c. sup. n. 19, I, pp · texte numérisé non relu

O. c. sup. n. 19, I, pp

IVi AUTEUR MALGRÉ LUI 335

tions continuèrent. L/Elégie fut publiée encore six fois, seule ou” avec le Tombeau de Blair *. Elle fut traduite deux fois en français, une fois en allemand 1%, En 1768, on vit paraître quatre éditions des œuvres, dont l’une, chez Dodsley, apporta la primeur des traductions septentrionales, et offrit une occasion à la critique de faire le point 11, Le London Magazine saluait les « œuvres dont l'élégant Mr. Gray a honoré le monde et qui sont bien connues des lecteurs de goût de ce pays » 12, Hloge banal, qui disait pourtant la pensée du plus grand nombre 1%, Ja Critical Review encensait cet « authentique fils de la Muse », et se félicitait de ce qu’une édition complète et peu coûteuse « rendît universels ces poèmes. La présente publication était absolument nécessaire. À une époque comme la nôtre, on ne devrait rien négliger de ce qui nous détourne du vacarme des factions, et nous fait entendre la voix du génie » 104,

Tout cela n’encouragea pas Gray à produire davantage; ni les reproches de Walpole : « Vous avez écrit beaucoup trop peu »; ni les exhortations de Mason : « Allons, Mr. Gray, pourquoi votre Muse n’a-t-elle pas un bon mouvement de temps en temps? C’est une méchante paresseuse ! » 15 Depuis le Barde, sa vraie carrière était finie, son œuvre immortelle achevée.

Telle est l’histoire; et cette œuvre largement répandue tiendrait dans le creux de la main. Mais ce n’est pas là toute sa singularité.

Elle est au plus haut titre fille de sa solitude et de son orgueil, de ses instincts. Non qu'il ait écrit en dehors des traditions, des modèles, de l’ambiance contemporaine. À ne considérer que l’extérieur, on semblerait même soutenir là un paradoxe; car il fut le contraire d’un esprit formé de soi, d’un poète écrivant l’inspiration en mots immédiats. La marque de ses études se retrouve dans ses vers comme dans sa prose, et comme en toute sa personne. Le désir de transformer le savoir en images, on le verra chez lui devenir un dogme. Il annotait les poètes comme les historiens et les naturalistes 1°. Anxieux d'écouter tous les bruits du dehors, il guettait les harmonies de son temps. « Voulez-vous savoir ce que je pense des Plaisirs de l’Imagination? » 197 « Avez-vous lu les œuvres de deux jeunes auteurs, un Mr. Warton et un Mr. Collins, qui tous deux écrivent des odes? » 19% « Avez-vous vu la Monodie de Lyttelton sur la mort de sa femme ? »1%% 1]

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