‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 332 sur 446 · Cf. sup. I ii, p. 14. - 204. TL, III · texte numérisé non relu

Cf. sup. I ii, p. 14. - 204. TL, III

344 LE POÈTE IV-ü ces vers, qui ne me plaisent pas, et qui ne lui plairont pas, je le suppose. Du moins lui ai-je montré que J'avais voulu lui être agréable » #5. I1 ne se décide à abandonner à la presse son Hymne à l'Adversité que parce que Walpole le lui demande, et parce qu'il faut « compléter la demi-douzaïne » 206, |

On ne s’en rappellera pas moins son impatience de voir publier l'édition de 1753, ou sa joie de terminer enfin son Elégie 207, I] est fier d'apprendre que chacun discute ses œuvres, et jusqu’à deux lords aux courses de chevaux d’Vork?°#. Lorsque parurent les Odes, il n’en fit pas seulement expédier des exemplaires « tout chauds » à ses admirateurs intimes, mais à des profanes parmi lesquels on retrouve le Dr. Long en personne **. En envoyant l'Elégie à Wharton, il lui disait : « Les strophes que je vous joins ont eu le malheur, par la faute de Mr. W., d’être rendues encore plus publiques, ce à quoi elles n'étaient certainement pas destinées ; mais il est trop tard pour se plaindre. Elles ont été si applaudies que c’est honte d’en parler » 21°, Engagé dans sa perpétuelle contradiction, il veut si bien détacher son œuvre publiée de sa personne, la livrer à ses propres espoirs et à ses propres craintes, qu’il se dédouble et ne la contemple qu’en secret. Il disait que ses tantes « l’auraient fait brûler » si elles l’avaient su poète 211. C’est là l’aveu qu'il vit d’une part sur le plan de la vie banale, d'autre part sur un plan honteux et coupable pour le vulgaire, mais glorieux pour l’initié. Aux yeux du lecteur admiratif, à qui il avait livré sa honte transformée, il sentait alors sa personne indigne de son œuvre : « Pour tant que votre démarche ait exalté ma vanité, je ne peux vous promettre que votre nouvel ami vous plaira quand vous le verrez autrement qu'imprimé. Cependant, malgré toutes les imperfections accumulées sur sa tête, il en fera l'expérience à la première occasion » 22. Pour son « moi » inavouable, si avide de se montrer, l’œuvre était un travestissement magnifique.

Mais il n’en aura pas plus tôt usé qu’il en doutera. Son délire prendra une forme spéciale, la hantise d’une expression parfaite. Son effort infini ne polira jamais assez l’œuvre, et ne trouvera jamais l'éditeur assez somptueux. Car il s'attache également à toutes les excellences : « Quand on imprimera le beau livre, je veux revoir la composition. Vous savez que vous ne pouvez pas vous en charger vous-même. Il y a d’ailleurs quelques petites choses que je voudrais modifier » 2. Il fallait que Dodsley l’imprimât « sur son meilleur papier, et avec ses plus beaux caractères » 214, S'il refuse avec tant de véhémence les « honneurs » du Magazine of

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