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352 LE POÈTE IV-i
vention que pour s'inquiéter aussitôt de la propriété *77. Il tient essentiellement aux constructions logiques, reprochant à Daniel, par exemple, son incapacité « d’arranger ses idées » #8, Si l'on met en scène des fantômes, il faut savoir les éloigner de la rampe *®. Il faut savoir assurer la vraisemblance de tout pittoresque 2. En aucune manière on nadmettra la poésie du Dr. Evans, ce « fou furieux », ni la « pure démence » de l’excentrique John Hall Stevenson ?81.
Ces précautions prises, le choix des images visera à l’intensité émotive. Le vrai poète s’élèvera « jusqu’au degré requis par les plus fortes et les plus terribles émotions »??. De son audace, Gray avait à la fois le sentiment et la fierté. Il disait à Mason : « Vous affectiez d'appeler sottise tout ce qui charme mon imagination » 28, Il s’'étonnait de lui-même : « Mr. Dyer — vous allez me mépriser beaucoup de dire cela — a plus de poésie dans son imagination que presque aucun de nous, malgré sa rudesse et son manque de jugement » 284, Ce verdict est précieux. L'auteur de Grongar Hill donnait l'exemple inédit d’un faisceau d’émotions esthétiques, d’un état d'âme délicatement tissé par un paysage. La sensibilité de Gray reconnaît en cette multiple excitation son plus ardent désir. Il dit une fois : « Voici de la vraie poésie ! Voici l'inspiration ! » #5 (C’est une strophe du Ménétrier :
Tu pourrais renoncer à l’infinie richesse
des charmes que Nature accorde à ses amants !
Au gazouillis des bois, au rivage sonore,
aux grandioses bosquets, au décor des campagnes, ce que le matin baigne de rayons d’or,
ce qui fait écho à la chanson du soir,
tout ce qui s’abrite au sein de la montagne,
la magnificence terrible du ciel,
tu pourrais renoncer, et croite encore à ton pardon ! 286
La nature évoquée en des formes qui charment, l'ivresse de s’irradier par les sens en la splendide étendue, le pathétique de l'effacement suggéré, et jusqu’au pompeux enveloppement du rythme oratoire, l'ont troublé. Mais si les images de la poésie ont un tel pouvoir, c’est que, comme celles de la nature ou des arts plastiques, leur entrée dans la conscience éveille 1a foule des associations. Plus souples que celles-ci, et moins asservies à la matière, elles parlent mieux de l’abstrait, auquel elles tiennent par tant d’attaches, et, découvrant jusqu'à ses mystères, peuvent mieux revêtir le spirituel de leur qualité sensible. Plus arrêtées que celles de la musique, elles saisissent mieux le rapport du concret à l’abs-