GW IV 266, 203 (Notes sur République, X, et sur Ion
356 LE POÈTE IV-ii
dans la mesure où elle était fondée sur la philosophie, et où elle se proposait comme fin la vertu » %%, Dryden à son tour estimait dans l'erreur le poète « qui n’est pas versé dans les principes de la philosophie morale » 57. Shaftesbury rappelait, avec le recte sapere d'Horace, son conseil de suivre Socrate, et montrait que le poète doit unir l'honnêteté à l’harmonie 508, Gray transpose ces préceptes dans le registre d’une suprématie gagnée par son labeur et sa résignation. En envoyant le manuscrit du Barde à Bedingfield, il l'avertit de son dessein : « I1 faut que je vous dise une chose, mais sous le sceau de la confidence, car elle est sacrée : aucune femme ne peut prendre plaisir à cette sorte de composition. Si l'intelligence, l'imagination et la sensibilité suffisaient, on pourrait sans doute les trouver aussi aisément parmi leur sexe que chez nous. Mais il y a une somme de savoir et une longue connaissance des bons auteurs anciens et modernes que notre injustice leur refuse, et sans lesquelles elles ne peuvent que saisir çà et là une expression fleurie ou un vers musical, tandis que le reste doit leur paraître un désordre étrange, obscur et sans portée morale » 50%. Cette culture constitue l’éminent privilège : « La poésie, qui. doit conduire la marche, et diriger l’action des arts auxiliaires, implique au moins une éducation libérale, un certain degré de littérature, et un savoir varié; alors que les autres arts, à quelques exceptions près, sont dans les mains d’esclaves et de mercenaires, de gens inéduqués qui, sans manquer de génie ni du désir de la gloire, doivent faire du gain leur but principal » 810.
Ses idées, ses sentiments, ses scrupules, son existence entière se nouaient en cet idéal aristocratique. Mais le poète ne sera pas un philosophe. C'est-à-dire qu’il aura pour langage le mythe; et le mythe lui sera dicté par l'inspiration. Il laisse l'esprit ramper parmi la dialectique. I1 connaît dans sa sensibilité et dans son imagination, qualités essentiellement subjectives, mais par lesquelles il n’est que le porte-parole du Vrai. Le délire frénétique des aèdes sacrés de la Grèce, Pindare cultivant « le jardin privilégié des Charites », Socrate accordant à Ion le beau titre d’inspiré des dieux, tous ces grands exemples ramenés à la lumière par Shaftesbury qui enseignait à son siècle, Horace en main, l’inspiration « vrai sentiment d’une présence divine » #11, la confirmation de l’histoire celtique enfin, qui exaltait le rôle des bardes aux origines de la Bretagne, tout cela composait aussi une tradition