IV-ii AUTEUR MALGRÉ LUI
On a pu croire qu'au sujet de l'enrichissement du vocabulaire les conseils de Gray à Beattie marquaient un recul sur le débat engagé autrefois avec West 3%, Gray se montrerait injuste en reprochant au jeune poète ‘the infuriate flood’ : « Je ne formerais pas de mots nouveaux sans grande nécessité; ce n’est jamais que très hasardeux. » L'exemple est certainement mal choisi #4, D'autre part, Gray se contredirait lui-même en condamnant le vocabulaire spenserien, alors qu’il recommandait la langue de Shakespeare. Sur ce dernier point, et tandis que l’archaïsme de Spenser constitue une exception en soi dont il montre l’exacte connaissance, Gray s'exprime sans équivoque : « Je crois qu'il faut adopter entièrement le langage de Spenser, ou entièrement y renoncer » 541. Entendons qu’il accepte, à titre de pastiche curieux et encouragé par la mode, une reconstitution intégrale; mais qu'il refuse l'emploi factice de wight, de ween ou de in sooth dans la phrase moderne, parce que c’est « affecté » et faux #42. Malgré cette légitime réserve, et malgré certaines sévérités injustifiées qui témoignent, dans le détail, d’une vraie rigueur puriste, peut-on croire que Gray ait renoncé à son principe? l'écrivain ne doit-il plus ressusciter ou créer là où la langue est défaillante? Ce que Gray cherchait dans Shakespeare, c'était le pouvoir du mot. Dans ses conseils au débutant, on fera la part de l’exhortation à la prudence. On l’y voit, certes, rappeler et adopter la règle de Dryden, qui est celle d'Horace ##, Mais nous savons qu'il l’adopte, et marque par là son orientation vers l’avenir, avec la certitude réformatrice qu’un siècle de limage excessif vient d’énerver l'anglais. A l’époque de Lydgate, disait-il dans ses Essais, « avec toute sa rudesse, notre langue avait acquis énergie et richesse par l’adoption, au milieu du quatorzième siècle, de mots français, provençaux et italiens que nos auteurs d'aujourd'hui ne trouvent plus et regrettent. Beaucoup de ces mots ont cessé peu à peu d’être employés, et on ne les rencontre que dans les parties les plus reculées de l’Angleterre... Si, dans l'avenir, un Anglais parvient jusqu’à la gloire où [Dryden et Pope] se sont élevés, qu’il ait moins de scrupules que [ces écrivains], en songeant qu’à la poésie les langues doivent leur formation, leur élégance et leur pureté; que la nôtre, naturellement rude et aride, lui emprunta son abondance et ses ornements; et que l'autorité d’un tel poète redressera peut-être les abus introduits par le temps et les mauvaises habitudes, pauvreté de la rime, foule de monosyllabes, heurt de dures consonnes et absence d'expressions pittoresques, qui, j'ose le dire, pèsent awjourd’hui sur notre langue plus qu’il y a cent ans » #4. Voilà bien sa con-