IV-iii L'ŒUVRE DICTÉE
Ainsi, dans le diamant, les éclats assemblés
de pierreries qui seules ont un modeste charme dardent en un rayon leurs feux entremêlés,
et frappent le regard de traits éblouissants.
Pour moi, il me suffit qu'à une âme sensible, 25 dans mes vers une secrète sympathie......
duerleut-suave eee ee Re n le soupir d’une douce pensée.….............
On peut discuter le mérite de Bentley et de ses dessins 38 : dans de tels éloges, toute exagération est permise. Une certaine analogie existe sans doute entre les compliments de Gray et l’épître de Dryden À Kneller %?. L'important, c’est que Gray confirme ici son attitude d'auteur, son idée de la poésie. Ces strophes redisent sa timidité, son faux mépris de l’opinion et de la gloire, et, sous la modestie, son désir et son intime conviction de continuer les plus grands. Elles répètent l'accusation portée contre le « siècle de ténèbres » 4. Ecrites en 1752, et fortes du succès de l’Elégie, elles se préparent à l’orgueil des odes pindariques. Théoriquement, elles affirment la volonté du poète de s'adresser au cœur, et de lui communiquer d’utiles émotions; elles illustrent surtout l’étroite parenté qui unit la poésie et l’image, la joie devant la réalisation concrète de la fiction. La deuxième strophe — la plus heureuse, peut-être — retrouve jusque dans les mots la définition shakespearienne #1, C’est Shakespeare, inspiré des dieux et modèle suprême, qui explique vraiment la formule wé picéura poesis. Ce que la peinture idéale réalise, la poésie le doit prendre pour idéal. La pensée et le rêve, l’âme éphémère, se fixent par l’image en une forme harmonieuse et durable. L'image apporte la force et la grâce, mais elle est aussi la ligne créatrice, la chaleur et la vie. Sans elle, la poésie demeure inerte. La figure des arts formant ensemble l'éclat somptueux du diamant, bien que précieuse, ne saurait mieux décrire la chose de beauté, ni mieux exprimer la foi en l’unité esthétique.
L'Hymne à l'Ignorance avait brièvement découvert la veine satirique. Gray exploiterait-il cette autre satisfaction? Incapable de concevoir une œuvre de vaste envergure, demanderait-il autre chose à la Muse que de passagères moqueries ? Se consacrerait-il enfin, avec le soin nécessaire, à d’aussi peu nobles élaborations? Si les amertumes spirituelles et spontanées qui abondent dans sa correspondance se plièrent parfois à la mesure, on n'en connaît que des fragments arrachés par les circonstances au secret qu'il
38. Cf. TP 177-8; W. H. Hudson, Gray and his Poetry, Londres, 1918, p. 76.
39. To Sir Godfrey Kneller, principal painter to His Majesty, 1694. Ci. AM 154-5; TP 179-80.