‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 364 sur 446 · AB 87-0. 46. DNB xxxviii · texte numérisé non relu

AB 87-0. 46. DNB xxxviii

47. Cf. CT II 226, n. 7 et Leonard Whibley, lettre au TLS, 21 août 1930, pp. 667-8.

IVii L'ŒUVRE DICTÉE 375

bouffonnerie sans lourdeur. La superposition des sens satiriques distingue celle-ci d’une simple charge. Gray ne ridiculise pas seulement les vices de Sandwich, mais ceux de la théologie officielle qui l’accepte. Il réveille la gueuse : c’est pour lui faire découvrir, avec le profond avilissement de son âme, l’immoralité foncière de sa science. En un temps de formalisme doctrinaire et de controverses de textes, cette indirecte amertume était perfide. La trivialité appuyée des personnages et du vocabulaire achève l'effet. Gray dépasse un peu les bornes. I1 pense l’obscénité, et finit par la dire. Certes, depuis Rochester, tout est permis. On souhaiterait cependant plus de modestie, plus de goût; et l’on s'étonnerait, si l’on ne supposait que le scrupuleux poète profite d’un prétexte pour prononcer devant d’autres que Wharton les mots interdits; pour suggérer sous ses aspects repoussants les actes qu'il s'était défendus.

Auprès de ces distiques saccadés, les quatrains de William Shakespeare à Madame Anne, servante ordinaire de Monsieur le Révérend Chantre d'York%, et l’'Impromptu inspiré, en 1766, par les ruines d'un noble, à Kingsgate, Kent *, offrent l'exemple d’une moins sévère dérision. Le contraste entre le rythme majestueux et un vocabulaire quotidien ou plus terrible que le sens, y rend une note de plus fine plaisanterie. Le premier poème fut écrit au cours de l’été 1765, à la suite d’un séjour à Vork chez Mason. Gray avait trouvé son ami occupé à étudier Shakespeare 5. En un langage assez superficiellement imité pour provoquer un sourire, il imagine une supplique du grand poète à la servante du logis : me voici, livre accablé par les mauvais commentateurs; ne me laissez pas commenter encore par votre maître, venez plutôt me prendre dans son cabinet, déchirez-moi, et employezmoi à vos besognes culinaires : je ferai des tartes immortelles. C’est une égratignure légère à l'adresse de Hanmer et de Rowe, de Theobald et peut-être de Warburton. C’est la douce plaisanterie habituelle à l’égard de Mason :

Le naturel de notre maître, c’est certain, fut fait de la candeur paisible des colombes; le miel peut cependant se tourner en absinthe, quand on a charge et femme, et qu’on veille le soir. (9-12)

C’est une espièglerie amusée, qui songe peut-être un peu à l’inutilité de la gloire imprimée :

Mieux vaut garnir le fond de tartes et talmouses, mieux vaut garder du feu la viande qui rôtit,

mieux vaut faire un cornet pour mettre des épices, que d’être ravaudé jusque dans son tombeau. (17-20)

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