IV-iii L'ŒUVRE DICTÉE
maladresse de Messire Topaze ‘1, Mais il en assemble les courts éléments en périodes précipitées, et retire du vers à trois accents tout ce qu'il peut produire de contrasté et d’abrupt, d’implacable pour la nymphe envieuse ‘2. Le poète n'avait jamais encore, d’une main aussi légère, brodé sa fantaisie.
C'est une musique d’égale rapidité, de pareille légèreté, mais de plus d’enjouement facile que, dans la Longue Histoire ®, Gray demande au quatrain octosyllabique employé par Prior en écrivant au roi, par Pope pour remercier une grande dame d’un encrier et de deux porte-plume 4 Ici encore le rythme entraîne, au milieu de mille menues inventions, les détails d’un événement sans grande importance pour l’histoire, bien que plus important pour l’auteur. Celui-ci veut cependant s’en amuser, célébrer un grand émoi de sa vie en l’amplifiant et en le dissimulant, en le changeant en épopée et en comédie, sans irrespect pour ses nobles voisines, mais très flatteur pour le héros, qui cette fois n’est que lui-même.
La Longue Histoire se compose de cinq cent trente-six strophes, dont cinq cents sont perdues $5 : première mystification. Il en est une autre, plus directement inspirée par le merveilleux héroïcomique de Pope, qui métamorphose la visite de Miss Schaub et de Miss Speed à West End House en un conte de chevalerie. Les personnages, les péripéties, les sortilèges nous enchantent, mais, toujours solidaires du réel, avouent partout l’artifice plaisant. La magie se mêle à l’histoire pour ériger d’abord le château de Lady Cobham, nouvelle Gloriana ‘5. Ces voûtes sculptées, ces panneaux et ces armoiries, ces fenêtres « qui interceptent la lumière », ces corridors « qui ne mènent nulle part » (5-8), sont l’œuvre des fées, et nous enveloppent de Moyen Age; tandis qu'une fresque Renaissance fait revivre dans ces hautes salles le souvenir des réjouissances où Monseigneur Hatton, garde des sceaux et beau danseur, ouvrait le bal avec ses massiers 5? :
.Sa barbe en broussaille et ses lacets verts,
sa coiffe pointue, son pourpoint de soie, touchèrent le cœur de la Reïne anglaise,
que n'avaient troublé Pape, ni Espagnol. (13-16)
61. Cf. sup. III ii, p. 232. Au même moment, Collins adoptait cette strophe dans la première de ses odes, Ode to Pity.
62. Un des meilleurs effets est obtenu au vers 30 (chute de l’animal dans l’eau). 63. AB 48-54. Cf. sup. II i, p. 66.
64. An Ode presented to the King, on His Majesty's arrival in Holland after the Queen's Death, MDCXCV ; On receiving from the Right Hon. the Lady Frances Shirley a standish and two pens. Mitford (AM 115-7) signale à juste titre une ressemblance entre la Longue Histoire et Prior, The Dove.