‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 37 sur 446 · Cf. sup., ii, pp · texte numérisé non relu

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34 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I -iv

aiguisait ses nerfs, développait dans le chagrin le sentiment de l'insécurité et comme un désir de revanche.

Son père refusant de le faire instruire, Gray fut envoyé à dix ans, grâce à l'intervention de ses oncles maternels, et aux frais de sa mère, à la très aristocratique école d’Eton5. S'il trouva là mainte occasion de cultiver ses talents, il n’en rencontra aucune de guérir sa tristesse. Il était externe, et s’en réjouissait, non seulement parce que la « dame » chez qui il logeait était une fort aimable personnef, mais par répulsion pour le régime du pensionnat. Il déclarera plus tard à Wharton, en conseillant celui-ci au sujet de son neveu : « Fils unique, et d’une santé plutôt délicate, on ne devrait pas l’exposer aux rigueurs du collège. Je sais qu'un pensionnaire est plus vite formé pour la bataille de la vie, je veux dire que les coups et la tyrannie le rendent plus endurant et astucieux; mais ce ne sont pas là, à mon avis, des acquisitions tellement désirables »7.

Regrettera-t-on qu’il ait évité de s’endurcir? La discipline scolaire l’eût peut-être irrité davantage, sans‘fortifier sa volonté. En fait, la liberté relative dont il put jouir accentua sa mélancolie, lui fit croire à la trompeuse évasion. Il délaissa les camarades qui couraient sur les rives de la Tamise; s'écarta, rêveur, dans l’avenue de tilleuls qu’en souvenir de lui on nomme aujourd’hui « l’allée du Poète »5. Dans ce milieu de jeunes nobles, où le nouveau venu coudoyait tant de futurs grands hommes, où Pitt, Bute ou Halifax n'étaient encore que de « malpropres gamins jouant au cricket »?°, son instinct le poussa vers les délicats et les maussades. Ii alla joindre sa tristesse à la leur.

Elle est touchante et significative, cette « Quadruple Alliance » qui rapprocha Gray d’Horace Walpole, de Richard West et de Thomas Ashton. Mais ce complot d'affectation, ce mépris pour les jeux physiques, ce culte précocement voué à la Muse aggravaient le mal. Gray, à qui son extravagant père refusait l'instruction, mais non pas les habits de soie 1, apprit aussi, au contact d'enfants d’une classe supérieure, avec leurs manières et leur distinction, l'orgueil de se mêler à eux : dangereux honneur pour le faible que la vie doit ramener à son rang.

Le 9 octobre 1734, âgé de dix-huit ans, Gray entra comme étudiant au collège de Peterhouse, à Cambridge2. I1 ne devait plus quitter l’Université que temporairement. En dehors de ses voyages et d’un séjour à Londres de deux ans et demi, son exis-

5. CH 51-2. Leonard Whibley, o. c. sup. n. 3, pp. 613-23, donne un exposé clair, précis et exact de la vie de Gray à Eton.

6. Déclaration de Walpole, citée par P. Yvon, o. c. sup. iii n. 17, p. 28. PR LLRIIE TS SAC "SUD, n° 44. OM EMNEOTS OCT A7. LT Ni 11. D’après le portrait cité swp., ii, n. 8. 12. T. A. Walker, Admissions to Peterhouse, Cambridge, 1912, D-1267:

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