I -iv LE MILIEU as
tence se partagea, en une monotone alternance, entre le petit village où sa mère s'était retirée et le collège. Après la mort de sa mère, il vécut surtout à Cambridge. Si bien que sa vie presque tout entière se détache sur deux fonds de tableau.
Dès les années d’Eton, Gray passait ses vacances dans la région du Buckinghamshire, toute proche de l’école, qui a pour centre la forêt de Burnham. Son oncle Jonathan Rogers y habitait Cants Hall, maison isolée dans la campagne. C’est 1à qu'aux jours de pluie, il composait des vers pour Walpole et rencontrait le vieux dramaturge Southerne 4. A la moindre éclaircie, il allait par les champs, explorait la forêt, s’asseyait, un livre à la main, au pied d’un vieux hêtre 4. Tout jeune, il prenait l’habitude de la promenade solitaire.
À son retour du Continent, il retrouva son oncle installé à West End House, dans la localité voisine de Stoke Poges. Rogers mourut bientôt. Sa veuve fit venir ses deux sœurs, Mrs. Gray et Mary Antrobus, qui, ayant liquidé leur magasin de Cornhill, décidèrent de passer auprès d'elle le reste de leurs jours. West End House devenait la maison de famille %.
De vastes prés aux molles ondulations, quelques champs de culture coupés par des haïes vives, des rideaux d’arbres se développant en tous sens; à l’ouest, la forêt avec ses minuscules vallonnements, ses monticules de quelques pieds, ses nappes d’eau glauque dans les herbes, composent une nature accueillante de banlieue. Le village de Stoke n’est qu’une partie de cette paroisse disséminée dans la verdure. Isolés, noyés dans les arbres, le manoir et la vieille église recueillie au milieu de son cimetière en sont le cœur. Il faut gravir quelque éminence pour découvrir, vers le sud, le panorama de la Tamise, apercevoir entre les frondaisons le château de Windsor. Maïs rares sont les jours où la brume ne vous sépare pas de ce monde lointain. Le ciel nébuleux, les contours flous resserrent l'horizon. L'attention se concentre sur les objets immédiats; l’œil se repose sur le vert profond des feuillages, le vert abondant et dru des prairies, le vert qui absorbe les maisons comme les tombes.
West End House, située au nord, sur la route de Fulmer, est une des demeures les plus écartées. Un vaste jardin l’environne, où court un ruisseau. Gray plantait là des arbres qu'il regardait pousser : tout y était simple et agreste 16. La maison elle-même est aujourd’hui transformée 17. Seul demeure un petit pavillon construit à distance, sur une élévation. On y monte par une allée