‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 372 sur 446 · TP 251. Texte, dans AB · texte numérisé non relu

TP 251. Texte, dans AB

79. D’après B. S. Philipotts, Edda and Saga, Londres, 1931, p. 39. 80. TP 249.

384 LE POÈTE IV-iii

se heurtent, par un laconisme aux traits rudes et entrecoupés, mais remarquablement sûrs de l’implicite qui les relie. Le latin transcrit scrupuleusement, mais les nécessités d’une construction plus savante et logique l’amortissent. De « dresse un nouveau tourment sur mon chemin de peine » à « mihi facere præsumit tristem animum », on passe du concret à l’abstrait, du relief à la platitude. A la même proposition, Gray veut redonner une forme figurée; mais il obéit en même temps au désir d'expliquer, de remplir les intervalles, et il perd encore plus d'énergie : deux vers au lieu d’un, l’image saisissante contre un verbe moral et une image banale, deux poids morts, ‘fhus’ et ‘and’, deux locutions conventionnelles, ‘éroubled sprite’ et ‘realms of might’. Dans cette première strophe, après les répétitions balancées, les redondances, les épithètes et les périphrases, l'entière interpolation des trois derniers vers, que reste-t-il de l'inspiration du scalde ?

La seconde est moins faible. Pourtant le premier distique introduit encore une explication, et, à la place de deux mots imagés, deux mots incolores. Le distique suivant respecte l’antithèse, mais l’un de ses membres, déjà affadi par le conventionnel ‘deeds of light’, achète sa concision au prix de son aisance; le second membre retombe prosaiquement. Si le dernier distique répond mieux à l'original, les ‘yon’ et le ‘ ghiil'ring board’ réclament l’indulgence.

Ces faiblesses ne nous éloignent-elles pas à l’excès de l’Edda, ou même de Bartholin? Est-ce bien le Sleipner du dieu farouche que ce ‘coal-black steed’ (2) spenserien ? Faut-il s’épouvanter de ce « Chien des Ténèbres » aux « mâchoires remplies de carnage, qui distillent de l’écume et du sang humain »? (4-7) On n’aime pas le « pur breuvage de l'abeille » (44), les « cavernes de l’ouest » (63) ni les vers copiés dans Milton ou dans Dryden%. Les Sœurs Fatales ®, connues par l'intermédiaire de Torfaeus, sont encore plus édulcorées :

Quand elles lanceront la navette, comme les javelots vont luire, Les boucliers craquer, et le mange-casque mordre le harnois !

dit la saga 8; et le traducteur islandais :

Hastile frangetur, scutum diffindetur, ensisque clypeo illidetur 84,

Gray émousse les aspérités de cette bataille au point d’en tirer presque une musique :

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