IV-üi L'ŒUVRE DICTÉE
Ere the ruddy sun be set,
Pikes must shiver, javelins sing,
Blade with clattering buckler meet, Hauberk crash, and helmet ring. (21-4)
Nos guerrières « marchent dans le champ ensanglanté », comme le tyran de l’Elégie %; elles « lâchent la bride au meurtre » (33); elles aiment les formules : « À nous de tuer, à nous d’épargner » (34); les mots pompeux : « Le destin réclame une tête plus noble » (43); les qualificatifs attendus : ‘bleak domain’ (38), ‘ample sway’ (30), ‘gaping wound’ (42). Elles moralisent comme un fabuliste :
Mortel qui entends cette histoire, apprends le sens de notre chant. (57-8)
Alors que les traductions d'autrefois infusaient une ardeur rajeunie dans les poèmes scolaires, la crainte de trop d’audace tempère ici la nouveauté. La différence n’est pas très grande entre Gray traducteur de la poésie du Nord et Voltaire ou Ducis traducteurs de Shakespeare. Sans doute, il faut le redire, cette transition apparaît-elle indispensable, ce compromis semble-t-il nécessaire. Ces versions ne manquaient pas de sympathie. Elles sont douées d’un mouvement, — un peu trop rapide et coulant, à vrai dire, pour les allitérations redoutables et denses qu’elles voudraient transmettre; mais non sans brusques coups qui rendent un écho de leur barbarie, et comme un halètement de chevauchée; non sans une grave annonce de la fatalité dans l’obsession de leurs refrains; non sans un étonnant relief dans les visions farouches qui s’y succèdent. Ce mouvement, la métrique a choisi pour l’activer les plus propres des rythmes admis; ici la précipitation d’un quatrain octosyllabique à rimes alternées, et chargé de monosyllabes; là le distique octosyllabique, dont les retours fréquemment appuyés reproduisent les ensorcellements de Macbeth. Devant le sinistre métier des Valkyries, Gray touche aux limites de son réalisme :
Voyez grandir l’affreuse étoffe, —
elle est faite d’entrailles d'hommes, — et les poids suspendus dessous
sont des têtes d’agonisants.
Pour fuseaux. des flèches sanglantes courent sur la corde qui vibre; l'épée qu’un jour portait un roi serre et renforce le tissu. (9-16)
Une sonorité grandiose retentit dans cette préparation du destin, dans l’accomplissement allègre de la mort par ces vierges dont le cœur s’émeut pour les braves :