‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 376 sur 446 · IV-iii L'ŒUVRE DICTÉE · texte numérisé non relu

IV-iii L'ŒUVRE DICTÉE

Pour parer d’un modeste orgueil ton jeune front, elle t’apporte la couronne de Cecil, et dans ta juste et douce main met les faisceaux de sa puissance.

Les Bienheureux là-haut, les Hommes ici-bas, vont réunir leurs voix en un chant d’allégresse, (83-88)

Le moins plat, ce sont les couplets où l’auteur, par une curieuse ironie, faisait entendre, dans cette salle des fêtes du Sénat, les thèmes de son orgueil. I1 célébrait le héros du jour en le représentant sous les traits du prince sage qui cueille la fleur du désert et la perle cachée de l’Elégie °1 :

Ton cœur généreux et ton œil sagace sauront découvrir la fleur ignorée qui embaumera le céleste autel

de sa corolle rougissante ;

tireront du sol la pierre cachée

qui scintillera sur le diadème. (71-76)

L'ironie était double, car sans le vouloir Gray s’abaissait à remercier Grafton d’avoir reconnu son génie. Le meilleur de son involontaire impudence consistait du reste à chanter devant ces gens la vie qu'il avait menée au milieu d’eux :

Bosquets aux voûtes brunes qu'aime la méditation,

où Camus s’attarde avec joie parmi les saules ! souvent au rose de l’aurore, j'ai marché dans votre herbe unie;

et j'ai courtisé Cynthie au rayon d'argent

dans le cloître noir, loin du gîte de la Folie,

avec la Liberté, et la Mélancolie au doux regard. (27-34)

Dire sa solitude à l’Université réunie et s’excuser auprès d’elle de son dédain, entraîner dans son rythme /ellows drapés de noir et graves docteurs aux robes écarlates, les faire peut-être hocher d'approbation et esquisser le battement de sa mesure, n’était-ce pas une autre vengeance de son poétique égoïsme ?

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