CHAPITRE IV
Les Poèmes lyriques
Voici Gray sur le terrain de prédilection qu’il a lui-même choisi. Aucun autre genre n'était réalisable, ou digne de sérieuse application : c’est dans le lyrique qu’il s’exprimera. Pope n'avait consacré à l’ode qu’un effort secondaire, l’abandonnant, comme frivole, aux rimeurs de madrigaux et de panégyriques, aux polisseurs de fantaisies sentimentales. La définition même que Gray se donne de la poésie la plus haute revient à l'expression naturelle d'une intense minute. Son ambition n’est pas autre, à l’origine, que de devenir un nouvel Horace en écoutant jaillir de son cœur la « pieuse nymphe ». Mais que disait cette triste compagne?
Quel que soit le moment exact où Gray commença ou acheva l’'Ode sur le Printemps, l'Ode sur Eton et l' Hymne à l’Adversité\, l'inspiration de ces trois pièces correspond aux dernières heures de communion avec West. Elles répètent, sous une forme élaborée, les sentiments qui animaient dès l’origine les échanges poétiques de la « Quadruple Alliance ».
L'Ode sur le Printemps fut certainement terminée avant la mort de West, et fait écho au véhément appel adressé par le moribond à la vie renaissante de la nature 2. Aux strophes brûlantes, et un peu déclamatoires, Gray répliquait sur un ton plus tranquilie :
I. Voici que les Heures au sein de rose, cortège de Vénus la belle, paraissent; qu’elles font éclore les impatientes fleurs, et réveillent l’année vêtue de pourpre !
Le chantre attique répand sa voix, 5 répondant au cri du coucou, naïve harmonie du printemps; tandis que, murmurant la gaîté dans leur vol, les frais Zéphyrs, par le ciel clair et bleu, dispersent les parfums cueillis sur leur passage. 10
Abréviations employées dans ce chapitre pour désigner les odes :
Sp. — Ode on the Spring.
Et. = Ode on Eton.
Ad. = Hymn to Adversity.
PI. — Pleasure arising from Vicissitude.