‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 380 sur 446 · IV-iv LES POÈMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

IV-iv LES POÈMES LYRIQUES

contraste qui exaspère la douleur. Les soupirs de Pétrarque sont « plus pesants » 5, et, dans la joie de la nature, Surrey ne retrouve que son chagrin 7. Notre poète emprunte un peu à chacune de ces inquiétudes; mais il n’a, lui, ni joie, ni espoir, ni positif regret. La vie le frôle et le nargue. Il a voulu s'élever at-dessus des grands; il sent aussitôt qu'il est vieux avant d’avoir vécu, et qu’il n'est supérieur que dans la stérilité. L'amour, la richesse et la beauté, il les dit méprisables chez les hommes. Voilà que la poésie, son refuge, le trahit en les retrouvant splendides chez l’insecte : femme étincelante, trésor de douceurs, plumage somptueux. Qu'on remette à leur place les « heures au sein de rose » de Comus et « l’année pourpre » de Pope; la Muse champêtre des Géorgiques et les troupeaux d’Alexis cherchant la fraîcheur; le spectre de la vieillesse agité par Horace et les vers de Green sur la vie brève des insectes que Gray avoue lui-même imiter #, il reste l’âme qui refuse la vie, et se berce de sa tristesse. Si Gray avait jamais vécu autrement que dans cette décevante fiction, ces strophes pourraient paraître affectées et puériles. Mais rien n’était plus réel que cet isolement, et rien n’était plus cruel que de le découvrir en soi.

Que voudrait-il? I/Ode sur Eton va nous l’apprendre :

I. O vous, lointains clochers et tours antiques qui couronnez la clairière du fleuve, où le savoir reconnaissant vénère encore l'Ombre sacrée du roi Henry; et vous qui, des majestueux sommets 5 des coteaux de Windsor, voyez à vos pieds se dérouler bosquets, pelouses et prairies, tandis que parmi le gazon, l’ombre et les fleurs la Tamise chenue poursuit à l'aventure sa course aux méandres d'argent, 10

II. collines heureuses, ombre charmante, campagnes adorées en vain, où jadis s’égara mon enfance insouciante, alors que j'’ignorais la douleur !

je sens des brises venir de vous 15 qui m'apportent un bonheur passager; secouant, joyeuses, leurs ailes fraîches, elles semblent calmer mon âme lassée, et leur parfum de joie et de jeunesse exhale un nouveau printemps. 20 III. Dis-moi, dieu de la Tamise, Ô toi qui vis maïinte et maïnte génération folâtre, en s’ébattant sur ta verdoyante rive, suivre les sentiers du plaisir,

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