Nash, Spring, 6; Thomson, Spring
37. Allegro, 41-4; Spring, 590-4. Cependant l’alouette de Gray, qu’on a comparée à celle de Shelley (Phelps, o. c. sup. L'iin. 3, p. 155), était déjà esquissée dans Pope, Essay on Man, III, 31-2.
402 LE POÈTE IV-iv
Cette joie réside dans l'opposition avec le morne hiver de la veille : vent et neige, air silencieux, troupeau transi. De même pour l’homme : une alternance de douleur et de plaisir. Ici commence le raisonnement, avec ses allégories colorées. Seul de tous les êtres, l'homme perçoit le changement parce qu’il se souvient et qu’il prévoit. La théorie empirique du plaisir et de la douleur s'est enrichie : « Si nous ne possédions ni mémoire ni réflexion, nous ne pourrions ni jouir du plaisir passé, ni en espérer un futur, ni guère goûter le présent; et ce serait une existence semblable à celle de l’huître... Ni la contemplation ni le plaisir ne sont donc le bien que nous recherchons, mais sans doute une vie composée des deux... Le bonheur repose sur un juste mélange de sagesse et de plaisir »38. Ce commentaire de Platon, Gray l’applique à son monde printanier. Mais il s’y mêle la morale contemporaine. La douleur, c’est l'invitation à tempérer notre instinct par la raison. L'équilibre consiste à modérer sagement le plaisir et à éclairer d’espoir l'heure de peine. Présentée sous cette forme, la pensée n’est plus qu’un retour à Pope :
Amour, espoir et joie, cortège du plaisir, haine, crainte et tourment, famille de douleur, mélangés avec art, bornés comme il convient, assurent à l'esprit l'équilibre durable;
ténèbres et clartés, dont le juste conflit donne sa force et sa couleur à l'existence 32.
Voici donc une régression vers le général et le factice. La dernière strophe complète scande un vrai sentiment des joies de la nature, l’enchantement de retrouver les objets simples et de s’émouvoir de leur grâce; elle répond à l’amour des choses, de la vie. Mais elle reproduit si exactement Gresset qu’elle touche moins. Malgré la ferveur de l'élan premier, il est difficile de voir dans une sagesse gagnée au prix de tant d'artifices une tranquillité sincère et stable, une façon sûre de s'adapter. Le plan renferme, de plus, une inquiétante incertitude : « Combien plus heureux le paysan !.… » Mais si le paysan est heureux parce qu’il ne sait pas, — et telle était bien l’intime conviction de Gray, — la théorie s'écroule. Ne faut-il pas chercher dans cette difficulté la vraie raison de l'abandon du poème?
Dans les quatre odes « classiques », Gray n’écoute, au fond, que ses sentiments. Ces odes s'appuient sur une morale, maïs elles ne traitent que du poète qui parle. Elles tiennent à la fois de la maxime et de la méditation introspective. Elles n’osent jamais s'affranchir du principe, et dès qu’elles s’écartent de leur relation
38. GW IV 126, 132. Cf. sup. III ïii, p. 266, et John Gay, Essay on Virtue (Selby-Bigge, 0. c. Sub. TIT iii n. 1, IT, pp. 276 ét sg.), qui montre combien cette conception était familière aux disciples de Locke à Cambridge.