‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 405 sur 446 · IV-iv LES POÈMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

IV-iv LES POÈMES LYRIQUES

L'éclair inspirateur est insaisissable, Peut-être jaillit-il au terme d’une longue accumulation. Peut-être brilla-t-il soudain lorsque, à Peterhouse, il chantait quelque hymne de Tans’ur, l’auteur religieux à la mode :

Princes, ce sol doit être votre lit, malgré votre puissance;

le grand, le sage, et l’homme vénéré coucheront aussi bas que nous ??.

Les circonstances mêmes qui entourèrent la composition du poème, on les ignore. On sait que le cimetière de Stoke Poges se trouvait sur sa promenade, le soir; mais plusieurs autres cimetières ont présenté des titres de paternité *#. Peut-être hanta-t-il plus obstinément les tombes de Stoke à la mort de Mary Antrobus : ce n'est qu'une hypothèse %. On se gardera cependant d’oublier l’homme. Car il est là tout entier : traductions de Properce avec West, et déchirement de la mort de West; étranges fantaisies des lettres à Walpole; vague désir de mourir, de disparaître comme le soleil; et non pas uniquement son angoisse, mais sa pensée, ses lectures, les grands problèmes qu’il voulait lire dans les ouvrages les plus pesants, tout cela réuni en quelques strophes. Si l’on considère dans son œuvre le lieu commun, on le retrouvera partout. Si on lui cherche des prédécesseurs, on n’en finira jamais d’exhumer des productions oubliées. La sienne reste, et c’est peut-être la seule qu'on lise encore : c’est qu’elle enferme ce que les autres n’enferment pas. Il convient, toutefois, de la lire attentivement, et d’essayer de la comprendre :

IE Le couvre-feu sonne le glas du jour qui passe,

le troupeau mugissant serpente dans la plaine, le laboureur lassé revient à pas pesants, abandonnant le monde aux ténêbres et à moi.

Ja Le paysage aux clartés tremblantes s’assombrit, 5 l’air tout entier s’emplit d’un solennel silence; seul ronfle l’escarbot qui vole en tournoyant, la clochette assoupie berce au loin le troupeau,

D et là-bas, sur la tour recouverte de lierre, le hibou se lamente et dénonce à la lune 10 qui s’égare alentour de son gîte secret, et trouble son antique et solitaire empire.

IV. Sous ces ormes rugueux, à l'ombre de cet if, où l'herbe s’arrondit en maint tertre croulant, dans leur cellule étroite à jamais étendus, 15 reposent du hameau les rustiques ancêtres.

Ve L'appel frais du matin au souffle parfumé, sut le chaume du toit la bavarde hirondelle, le coq, clairon strident, ni les échos du cor, ne les réveilleront dans leur modeste couche. 20

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