‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 407 sur 446 · LES POÈMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

LES POÈMES LYRIQUES

paré de vers naïfs, d’une informe sculpture, implore du passant le tribut d’un soupir.

Leur nom, leur âge, écrits par la Muse illettrée y servent à la fois d’éloge et d’épitaphe; répandus tout autour, des versets d’évangile F enseignent à mourir au rustre moraliste.

Qui, devenant la proie du silencieux oubli, laissa jamais ce corps plein d’ivresses et d’angoisses, quitta le territoire chaud du jour joyeux sans regretter la vie, d'un regard qui s’attarde?

Sur un cœur attendri le mourant se repose; l’œil qui se clôt réclame une larme fervente.

Mais de la tombe aussi la Nature s’écrie, les flammes de jadis dans nos cendres survivent.

Et toi qui, soucieux des morts que nul n’honore, racontes dans ces vers leur histoire ingénue, s’il advenait qu'un jour, solitaire et pensif, un cœur frère du tien vint demander ton sort,

un villageois chenu peut-être lui dira;

« On le voyait souvent à la clarté de l’aube. Dispersant la rosée d’un pas preste, il allait au-devant du soleil, sur l’herbe du plateau.

Au pied du hêtre qui, là-bas, courbe le front, et tresse étrangement hors du sol ses racines,

il venait à midi nonchalamment s'étendre,

et fixait le ruisseau qui passe en babillant. Tout près de la forêt, le sourire ironique,

il errait, murmurant son rêve vagabord,

ou, triste et pâle, se penchaït dans sa détresse,

meuttri par le chagrin ou l’amour sans espoir.

Un matin je ne le vis plus sur sa colline, ni au bord de la lande, ou sous son arbre aimé. Un second jour parut; mais auprès du ruisseau, en haut de la prairie, ni au bois il n’était.

Le lendemain, au chant des morts, triste cortège, nous le vîimes porter lentement vers l’église, Approche et lis, toi qui sais lire, le poème gravé sur son tombeau, sous cette ronce antique. »

Là souvent, au printemps, on trouve, dispersées par d'invisibles mains, des pluies de violettes.

Le rouge-gorge y niche et aime y gazouiller;

ses petits pas légers s’impriment sur le sol.

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