ÉPITAPHE
Sur le sein de la terre, ici, coucha sa tête ce fils que ne connut m Richesse, ni Gloire.
Le beau Savoir sourit à son humble naissance, et la Mélancolie le désigna pour sien.
Grande était sa bonté, et son âme sincère ; le Ciel lui envoya pareille récompense.
A la Peine il donna son seul bien, une larme ; eut du Ciel un ami, ne désiyant vien d’auire.
Ne cherche pas plus loin à savoir ses vertus, à vavuir sa faiblesse au redoutable asile où elle dort aussi, pleine d'espoir tremblant, abritée dans le sein de son Père et son Dieu.
OS
Les lignes générales répondent au canevas devenu habituel : à l’origine, un tableau; au centre, un développement moral; pour
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conclusion, un retour du poète sur soi. Formée au sein d’une émotion, la pensée abstraite évolue vers l’idée personnelle qui se dissimule en elle, et qui constituait sa préoccupation.
Un tableau du soir. Pas un seul des traits qui le composent ne peut prétendre à l'originalité, et certains remontent aux sources les plus anciennes. Mais un tableau assez général pour que chacun le voie dans les formes de son expérience, assez précis pour affirmer que ses objets furent intensément perçus; aux touches conventionnelles si bien choisies, si parfaitement groupées, qu'il est une création dont on ne doit pas sourire parce que, de succès en succès, on l’a propagé jusqu'à la plus populaire imagerie. Ni le soir, ni la nuit, à vrai dire; mais le passage de l’un à l’autre, ou plutôt la mort du jour, dans un grand silence paisible. La triste cloche fait, dès les premiers sons, retentir ce symbole. C’est elle qui fixe les couleurs, les pensées, les sentiments; qui les imprègne d’une religieuse gravité. Le paysage se trace lentement. Les sens sont délicatement frappés par des représentations réelles mais floues, presque voilées, et moins faites de contours énergiques que d'images auditives subtilement mêlées aux visuelles. Ce tableau est une douce symphonie. Le sinueux passage du troupeau, la silhouette lourdement rythmée du laboureur que courbe le travail accompli, les lueurs du couchant qui une à une s’éteignent, la vénérable masse du clocher moyenâgeux, ce mélange et cette union spirituelle de la nature et de l’homme s’enveloppent de rares bruits qui composent un émouvant silence : dernier mugissement des bœufs, vol ronflant du bourdon qui vient tourner autour du promeneur, tintement lointain des clochettes qu’il faut tendre l'oreille encore davantage pour saisir; et, dans l’atmosphère de lune, le cri du hibou. Tout cela est si harmonieux que le son lui-même dessine : le couvre-feu, parce qu’il n’est pas une phrase, mais une mélodie grave qui retentit dans l'imagination, fait surgir les êtres qui l’entendent, tout le simple paysage dont il est l’âme. Et ceux qui disent que les hiboux ne parlent pas à la lune 1% ignorent la vie mystérieuse cachée dans les trous ombreux, et les paroles troublantes de la nature.
La sensibilité décrivant ainsi n’est pas que descriptive. Fait de sensations vivantes, ce paysage est le mouvement d’une âme. Son ambiance de disparition et d'ombre, d’étouffement des rayons et des bruits dans le recueillement crépusculaire, supprime la vie terrestre, et laisse le poète dans la solitude privilégiée d’un autre monde. La solennité de la nature qui s’efface, le poète a le pouvoir de s’en servir de moyen fictif pour entrer, spectateur ému, dans le secret de la nuit. Le poignant, c’est qu’il y entre sans le dire, et par son seul frisson. Le remarquable de ce paysage, c’est sa graduelle transformation, le rétrécissement progressif qui replie
100. On trouvera cette remarque,et un certain nombre d’autres du même genre, dans [John Young], À criticism of the Elegy, Londres, 1783 (BN 1031). :