IV-iv LES POÈMES LYRIQUES
qui semble l'avoir employée, sans intervalles 111, C’est Dryden cependant qui lui en indique le caractère et la constitution : « J'ai toujours considéré ces vers, tant par leur sonorité que par leur longueur, comme les plus nobles et les plus dignes de ceux qu’on emploie chez nous ». Le poète doit y étendre le sens nôn plus sur deux, mais sur quatre vers à la fois, et « penser au dernier dans la composition du premier » 42, Le volume est ample, mais le sens s'arrête au quatrième vers. Se distinguant ainsi d’une simple suite de vers à rimes alternées, le quatrain devient, mais par son seul contenu, un organisme précis. Les deux premiers vers ne riment pas; le troisième rappelle le premier et exige le quatrième, qui conclut la phrase en satisfaisant l'oreille. Strophe de transition, ce quatrain est un distique augmenté du double : la pensée ou le sentiment y trouvent place pour s’enfler; plus ample et de plus long souffle que la strophe des odes précédentes, il se prête à un lyrisme plus ardent ou plus grave. Mais il est strictement borné; il s'impose en même temps d’artificielles limites, et plie son agencement intérieur à une discipline sévère. Par contre, sa régularité massive devient assez rapidement monotone; et si cette monotonie sied à une heure de méditation, elle ne convient pas aux longs poèmes.
Beneath those rugged elms, that yew-tree’s shade, Wbere heaves the turf in many a mould’ring heap, Each in his narrow cell for ever laid,
The rude Forefathers of the hamlet sleep. (13-16)
Voilà un quatrain-phrase d’un parfait équilibre. Descriptif, ïl a pour caractéristique d’enfermer une proposition par vers, mais en ordre inverse de la construction usuelle. Le premier vers, en deux membres balancés, trace, pour la variété du décor, deux silhouettes d'arbres typiques; le second, sans coupure, et plus étendu par contraste, évoque les nombreux tertres : voilà le cadre. La deuxième moitié de ce système essentiellement binaire nous rapproche des morts eux-mêmes : une proposition circonstancielle, descriptive de leur état; la proposition principale enfin, terme et raison de l’ensemble compact.
Une suite de strophes semblables serait intolérable. Dans chacune, pourtant, l'unité de signification se retrouve, tandis que chaque vers conserve, à quelque degré, son individualité propre. D'enjambements dans la strophe, on n’en compte que trois (To-I1, 45-46, 65-66). Dans les groupes de deux vers où la proposition se poursuit de l’un à l’autre (41-42, 49-50, 57-58, 71-72, 117-118), le sens s'articule en deux membres égaux. Pareille régularité ne
111. Cf. The Lover describeth his Being, The Neglected Lover, où la strophe est seulement marquée par un retrait du premier vers. Voir J. Schipper, À History of English Versification (tr. angl.), Oxford, 1910, p. 292; et, sur le quatrain issu du rhyme yoyal et favorisé par la vogue du sonnet, Saintsbury, 0. c. sup. IV iv n. 41, PP. 331-2.