‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 415 sur 446 · Essays, 0. c. Sup. II V n. 1, I, pp · texte numérisé non relu

Essays, 0. c. Sup. II V n. 1, I, pp

426 LE POÈTE IV-iv

va pas sans artifices, dont le plus grave, favorisé par l'obligation d'ajuster le sens au mètre par condensation, — plus rarement par expansion, — consiste à rejeter à la rime le mot fort. Ce mot étant souvent un verbe, il en résulte des inversions parfois vigoureuses, plus fréquemment contraintes et déplaisantes ?#. Mais ce qui, dans cette symétrie, varie le mouvement, c’est la disposition des éléments de phrase, et les modalités de leurs rapports. La rhétorique est ici souveraine. Le style, tout à l'opposé du style spontané, se façonne en formes traditionnelles qui révèlent la solidité limpide de la substance : rose ou brillant, le diamant taillé s’éclaire et scintille.

Tantôt les quatre vers forment une énumération de quatre propositions parallèles qui se complètent par simple juxtaposition (I, II, VII, XVI); tantôt un rapport de sens plus étroit relie le premier vers au second, le troisième au quatrième (XXII); tantôt le groupe doublement binaire ainsi esquissé se rapproche plus nettement de l'équilibre du distique en formant une couple d'idées parallèles exprimées chacune en deux vers (VIII, XIII), ou deux éléments d’énumération de deux vers chacun en exacte correspondance (XIX, XXI, XXII). Il se peut que des deux éléments l’un contienne deux verbes principaux, l’autre un seul (XIV). Compensé par l'égalité des masses, ce commencement de dissymétrie s’accentue dans les strophes dont les subdivisions de sens se trouvent inégalement réparties : premier vers, second vers, troisième et quatrième (VI, XVIII); premier et second vers, troisième vers, quatrième vers (XI, XV)114. Dans certains cas, la strophe entière s'appuie sur une seule proposition principale, soit comme dans la strophe IV citée plus haut, soit dans l’ordre inverse. Deux fois seulement la strophe entière forme une proposition complexe d’une seule haleine (III, X). Les infractions à la règle strophique sont exceptionnelles. D’arrêts intérieurs, il n'en est qu'un; mais si le quatrième vers de la strophe IX constitue une phrase grammaticalement indépendante, celle-ci a été préparée par les trois vers antérieurs, et tire de son isolement sa puissance de conclusion solennelle et inflexible. De rapports entre les strophes, 11 en est certes de logiques, car un enchaînement si serré relie tout le poème qu'il faut attribuer à la seule crainte de le rompre l’hésitation de Gray à publier la strophe du rossignol 15, Peut-être faut-il déjà considérer comme formelle l’unité du tableau initial 116, Quant aux liens absolus, ils sont strictement réservés aux effets culminants; à l’émouvante période enveloppant les strophes XVI, XVII et XVIII, ou à la tristesse douce

113. En particulier quand l’inversion se fait par l'emploi de l’auxiliaire do ; ex. : 10, 25. 114. Mais, pour respecter la règle binaire, jamais les second et troisième vers. 115. Cf. OES II, 66-7. À

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