‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 417 sur 446 · Troilus and Cressida, Prologue, 22 (AM · texte numérisé non relu

Troilus and Cressida, Prologue, 22 (AM

121. Cf. TP 139 et sup. IV i, p. 307. Goldsmith reprend ce tableau dans The Traveller, 191 ei sq. Pour les sources verbales de l’Elégie, cf. sup. n.95.

124. 2, 3, 14, 21, IOI, IO4. 125277, 20,122, 20,073,10/; 070 IE0: 126. 29, 31, 38, 43, 44; II, 33, 33, 47, 50.

IV-iv LES POÈMES LYRIQUES 429 métonymies abondent : plods his weary way, wheels his droning fhght, hsp their sire’s return, furrow (pour plough), swells the note of praise, scatter plenty, stretch his listless length 1%. Au plus fort de l'argumentation, l’antithèse est la suprême ressource, tandis que la périphrase vient éviter les prosaïsmes (séwrdy stroke, unlettered muse), ou ajouter simplement une pompeuse nuance (dirges due, sad array) :*.

Toutes les ressources de la sensibilité artistique soutiennent pourtant cette rhétorique, et c’est là sans doute le secret de la grande fortune. Qu'on analyse

Far from the madding crowd's ignoble strite, (73)

De même que le célèbre vers d'Horace #0, celui-ci résume une philosophie de la vie et le ton d’un tempérament. Le poète y rassemble tout son mépris du vulgaire, tout l’orgueil de son isolement, toute l’impatience de ses nerfs. Mais il voit, et transpose : la vie est une mêlée sordide, si tumultueuse qu’elle affole. La technique en frappe une formule pleine et balancée; et c’est Gray

qui l'enseigne à la nation, même si Drummond de Hawthornden avait dit avant lui :

Far from the madding wordling’s hoarse discords 131,

L'emprunt s'accompagne toujours de la chose perçue, et s’assimile à elle. Dans

There at the foot of yonder nodding beech * That wreathes its old fantastic roots so high, (ro1-2)

le premier vers reprend l'attitude la plus connue de la poésie champêtre; mais quiconque a visité la campagne de Burnham admettra que le second est exactement, sincèrement, pittoresquement observé. Tout se réalise en images; non seulement le cadre présent, et les scènes où Gray regarde à la fois sa vie passée et sa disparition, mais l'angoisse du despote (XVII-XVIII), l’'adieu du mourant (XXIII), et jusqu’au silencieux langage des sépultures (XX-XXI). Et si la très artificielle strophe XIV #? vient agrémenter le raisonnement d’une gracieuse illustration, il est bien plus remarquable que les idées elles-mêmes se traduisent par des visions, en termes qui tiennent certes de l’allégorie et de la périphrase poétique, mais où s’entrecroisent, avec les fils de la mémoire, ceux de l'invention :

But Knowledge to their eyes her ample page, Rich with the spoils of Time did ne’er unroll; Chill Penury repress’d their noble rage,

And froze the genial current of the soul. (49-52)

1282:/2024:20, 40,108 710%: 120: 28, BI, 113. Ho mOUeSs, ILE ET: 131. Cité dans AM 1:05.

132. Cf. Milton, Comus, 22-3, et Shakespeare, MND, I, i, 77-9

430 LE POÈTE IV-iv

Qu'est-ce que rester ignorant? C'est n'avoir pas vu une femme appelée Science étaler à vos yeux un livre dont les pages, tel un trésor accumulé, resplendissent des actes de l'histoire. Qu'est-ce que rester inculte? C’est sentir se glacer en soi, comme une riviere en hiver, le flot de ses généreux élans. D'une image aussi banale que celle du chemin de la vie, Gray tire tour à tour la fatalité et le calme serein :

The paths of glory lead but to the grave. (36)

Along the cool sequester’d vale of life, They kept the noiseless tenor of their way. (75-6)

Pense-t-il à son grand art de poète? Il en aperçoit aussitôt l'antique symbole; mais cette lyre est une âme endormie, qu'il réveille et fait vibrer d'enthousiasme :

Or wak’d to extasy the living lyre. (48)

Dans Here rests his head upon the lap of Earth, (117)

comment dire ce qui se presse d'émotion à la pensée du retour souhaité et redouté dans le sein maternel? Comment savoir le relief que prenait à ses yeux l’image de sa tête penchée et inerte, toute semblable à celle de l'enfant noyé dont il transcrivait si soigneusement la mort traduite par West; toute pareille à la tête de Penthée sur les genoux de sa mère meurtrière, qu'il voulait fixer sur la toile? #3

La ressource primordiale de cette poésie est cependant, et en définitive, d'ordre musical. Ses contraintes les plus rigides ne correspondent-elles pas, en somme, à une exacte conception du rythme? Pareillement la mélodie. Dans l’ensemble, l’unité d’impression est celle d’un battement iambique :

The curfew tolls the knell of parting day. (1) 0 2 0 2 0 2 0 2 0 2

Mais rares sont les vers aussi régulièrement accentués; si rares qu'une suite de deux ou trois suffit à produire un effet particulier : calme facile de l'existence champêtre (XIX), vers coulants du récit du villageois (XXVI). En revanche, le rythme n’est interrompu que par un très petit nombre de variations nettes. La plus fréquente consiste à attaquer le vers par une forte, avec anacrouse et compensation de deux faibles subséquentes. Ce procédé souligne une opposition, introduit une idée nouvelle :

And all the air a solemn stillness holds, Save where the beetle wheels his droning flight. (6-7) 134

133. CÎ. Sup. p. 364. La scène évoquée sup., p. 423, n’en est qu’une variante burlesque.

134. Même procédé : 15, 25, 47, o1 et 92 (effet d’insistance), ror et 105 (différentes phases de la journée).

Page 1