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IV-iv LES POÈMES LYRIQUES

l'Esprit, Lyttelton un Progrès de l'Amour, et Thomson avait conçu son poème de la Liberté sur le même plan. La veine bouffonne de Swift parodiait cette habitude : Progrès de l'Amour, Progrès de la Beauté, Progrès du Mariage. Swift écrivit même un Progrès de la Poésie : telle l’oie de la ferme, le poète repu ne vole pas; la poésie naît dans le ventre vide. Outre que la parenté de son sujet avec l’éloge de la musique lui offrait l'exemple de Dryden et de Pope, Gray put obéir au stimulant lointain de l’ode pindarique La Muse, de Cowley; au stimulant immédiat des odes pindariques contemporaines, l’ode Sur la Poésie Lyrique d’'Akenside, l'ode Sur le Caractère Poétique où Collins, renonçant à la légende ancienne, faisait un peu témérairement descendre la poésie d’un Empyrée miltonien. Gray préféra se conformer à la règle, et choisit le Parnasse :

Pare

Eveille-toi, lyre éolienne, éveille-toi,

et prête à mes transports tes cordes frémissantes | Des sources harmonieuses de l’Hélicon

mille ruisselets descendent en cours sinueux. Les riantes fleurs qui s’épanouissent alentour 5 boivent la vie et les parfums dans leur courant.

Tantôt l’ample flot musical traverse en vastes courbes, profond, majestueux, uni et fort,

les verdoyants vallons et le royaume doré de Cérès. Tantôt, roulant avec force au bas de la pente, 10 soudain et impétueux voici qu'il s’élance :

les rochers et la voûte des bosquets répètent ses clameurs.

DE O reine des transports de l'âme, mère des chants suaves à la voix solennelle, conque enchanteresse ! les mornes Soucis et les Passions déchaînées suivent ta douce loi. Sur les monts de la Thrace le Dieu de la Guerre 5 a mis un frein à l’élan de son char; à ton ordre abaïissé sa lance sanguinaïire.

Perché sur la main de Jupiter qui tient le sceptre, ta magie berce le roi des airs aux plumes hérissées et à l'aile pendante; on voit s’apaiser dans les sombres voiles du sommeil son bec terrible et les éclairs de ses yeux.

JE

A toi obéissent et la voix et la danse, assujetties à ton chant modulé.

Sur le velours vert de l’Idalium on voit les Amours couronnés de roses,

au jour de la Cythérienne, 5 avec les Jeux folâtres et les Plaisirs aux yeux bleus s’ébattre, légers, en allègre cadence.

159. Nous disposons les vers en ne tenant compte que du nombre des accents, afin de faire ressortir au premier coup d’œil la composition métrique des strophes,.

les

LE POÈTE IV-iv

Tantôt ils se poursuivent, et tantôt s’enfuient; tantôt ils s’assemblent en rondes.

Aux accords frappés d’un rythme alerte 10 dansent leurs pieds, innombrable battement. ; Une tendre et lente mélodie annonce l’approche de la Reïne; de toutes parts les grâces lui rendent hommage; les bras levés, qui flottent dans l'air, majestueuse, elle s’avance doucement; 15 sur sa joue tiède et sur son sein gonflé passent roses du jeune Désir, et la lumière pourpre de l’Amour.

JERÈE

Que de Maux guettent la race débile des Hommes !

Voici la Peine et la Misère, ia roue de la Douleur, la Maladie, et le cortège éploré du Chagrin,

et la Mort, triste refuge des orages de la Destinée ! Ces plaintes insensées, réprouve-les, ô mon Chant ! 5 et justifie les lois de Jupiter.

Demande si c’est en vain que le dieu nous donna la Muse céleste, I1 donne aussi la Nuit et ses rosées malsaines,

les Spectres livides, et les Oiseaux au cri sinistre qui parcourent le ciel lugubre, 10 mais voient enfin, sur le lointain promontoire de l'Orient,

Hypérion en marche, et les traits luisants de la guerre.

ETUT

Sous des cieux éloignés de la route solaire,

où des êtres velus parcourent des montagnes de glace, la Muse a déchiré les ténèbres crépusculaires

pour égayer la triste demeure de l’indigène transi. Et souvent, étendue à l'ombre odorante 5 des forêts sans limites du Chili,

elle daigne écouter la Jeunesse sauvage qui chante, en nombres irréguliers, d’une douceur étrange,

ses chefs aux ceintures de plumes et ses Amours basanés, Partout où s’aventure la Déesse, sa marche 10 est suivie par la Gloire, par la noble Modestie,

l'Esprit indomptable, et la flamme sacrée de la Liberté.

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