IV-iv . LES POËMES LYRIQUES
tômes abstraits du continuel pessimisme : Douleur, Maladie, Chagrin et triste paix de la Mort. Dans l’affreuse tourmente, la poésie est une lumière. Les abstractions se résolvent : les maux de l'humanité, ce sont les émanations malsaines et les sinistres oiseaux de la nuit; la poésie, c'est Hypérion vainqueur. Gray reprend l’idée de Bacon 1% et décrit le refuge qu’il souhaite « Pour compenser les maux réels ou imaginaires de la vie, la Muse a été donnée à l'humanité par la même Providence qui lui envoie le jour » 169,
L'idée va maintenant se développer au détriment de la fiction. La poésie est l'apanage de tous les hommes. Cette vérité, il faut l'illustrer par l'exemple des ‘êtres velus des banquises et des chefs ‘aux ceintures de plumes’, frères du ‘pauvre Indien’ de Pope 17°, et de nombreux autres ‘sauvages’. Ces nouveaux venus sur le Parnasse, malgré l'intérêt de leur irruption, font sourire. Au fond, on devine l'aspiration à l'indépendance, revêtue de théories contemporaines. La poésie qui monte spontanément du cœur des hommes, les voyageurs et les géographes la retrouvent en tout lieu 71. Elle incarne l'esprit de liberté, et stimule les nobles vertus 17? Mais au prix d’une demi-contradiction, Gray trace ensuite une histoire de la poésie lyrique contraire à l’universalité.
I1 revoit le lumineux pays; la forêt de Delphes, séjour d’Apollon; les îles harmonieuses dans le bleu de la mer Egée; l’Ilissus cher aux Athéniens, et le Méandre, berceau de l'épopée homérique. C'est là que jadis la lyre se mit à chanter parmi les échos et les fontaines. Puis vint la servitude, et le silence. Les tristes Muses se réfugièrent à Rome, et y prospérèrent un temps. Avec la corruption de l’Empire, la tyrannie chassa à nouveau les doctes Sœurs, qui vinrent aborder dans l’île de Bretagne. Après la Grèce et Rome, l'Angleterre, pays de liberté, est aussi le séjour de la poésie.
Telle est la légende, faite de simplifications tendancieuses. En prose, Gray pense que la poésie passa de Grèce en Italie, d'Italie en Angleterre; qu'une première école italienne produisit Chaucer, et qu'à une seconde se formèrent Surrey et Wyatt, Spenser et Milton; que, depuis la Restauration, l’Italie a perdu son ascendant au profit de l’école française, toujours en faveur. En poésie, une mystique abrège l’histoire. À une analogie générale avec le mythe de Brutus se mêle la figure, chère à tout humaniste, introduite par Gray dans ses premiers essais : « Ainsi autrefois la Grèce,