‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 428 sur 446 · Essay on Man, I, 99 et sq · texte numérisé non relu

Essay on Man, I, 99 et sq

171. Les navigateurs de la Renaissance l’avaient déjà appris à Sidney. Cf. Apology, dans o. c. sup. III ii n. 256, p. 5.

172. Pour le thème de la liberté en poésie, cf. sup. III iii, p. 273. Plus précisément ici, l’idée de Gray, exprimée par Longin (Du Sublime, xxxv), fut reprise avec insistance par Shaftesbury, 0. c. sup. II v n. 35, I, pp. 218-20 (Advice io an Author, FIST) et devint un lieu commun après lui (cf. Akenside, On Lyric Poetry, IV, iüi; Collins, To Simplicity).

444 LE POÈTE IV-iv

ainsi aujourd'hui l'Angleterre » 1%. Milton reconnaissait de même, dans les rues de Londres, Vénus lassée des pays classiques; Denham retrouvait le Parnasse à Windsor, Prior les vertus romaines chez les Anglais de 1700; et, dans son ode À la Simplicité, Collins à son tour cherchait en Grèce et à Rome l’origine de la libre poésie 174. Bacon avait théoriquement expliqué ces migrations par le mythe d'Orphée, et le patriotisme insulaire de la génération de Drayton en avait trouvé la conclusion 15. Un dogme en résultait, à la fois favorable au culte des Anciens et à la vénération des auteurs nationaux. William Temple soutenait que les Anglais étaient les hommes les mieux doués des temps modernes 7, et Shaftesbury reprenait la doctrine en quelques phrases : fille de la liberté, la poésie ne peut grandir dans l'esclavage; malgré tout le mérite des Français, leur poésie est inféconde, parce que soumise au despote; avec Shakespeare et Milton, bien qu’encore génies rudes, l'Angleterre seule a retrouvé l’antique poésie 177.

La troisième triade confirme cette thèse par un résumé de la poésie anglaise en trois noms : Shakespeare, Milton, Dryden. Shakespeare est l'enfant de la Nature, parce qu’il naquit peintre instinctif de la réalité colorée, et ouvrit la porte secrète des passions humaines qui touchent. La poésie de Milton se définit ellemême, dans le pathétique symbole de la cécité, comme une éblouissante contemplation de Dieu 1. Ie troisième portrait nous montre en Dryden un aurige aux deux coursiers tonnants (ses distiques !) qui s’essoufflent à éviter la platitude. Son importance consiste surtout à être le dernier. L/ode de Pope Sur la Sarnte- Cécile est d’un lyrisme « indigne d’un aussi grand homme » 1°?. Tourné vers Pindare et vers les grands Anglais, notre historien radie l’école française, proteste contre Boileau, et veut retrouver par la grandeur, dût-elle s’étayer sur des conventions, la vraie poésie.

Car tous ses préparatifs ne visent pas d'autre fin que ses précédentes inspirations. La nouvelle audace ne réside que dans la taille du piédestal, et dans l’orgueil à affirmer. Il joue d’abord à la modestie, répète son indignité, ne saurait comparer son envergure à celle de « l'aigle thébaïin ». Il se range pourtant parmi les élus en s’attribuant le don inné de la vision. Il restera dans sa

173. Cf. In D : 2988 Maïi, In sim Novembris (AB 127-9). Dans le premier de ces poèmes, Gray comparait le chêne de Boscobel au chêne de Jupiter; dans le second, Guy Fawkes aux deux Néron, à Phalaris, à Erostrate.

174. Elegia Prima, 63 et sq.; Cooper’s Hill, 1642; Carmen Seculare, 1700; To Simplicity, 1746. Dans leurs odes sur la musique, Dryden et Pope voulaient aussi que Sainte Cécile remplaçât Orphée. De tels rapprochements sont innombrables.

175. Wisdom .of the Ancients, xi; Polyolbion et ses analogues.

176. Of Poetry, 1690. Cf. Spingarn, o. c. sup. IX v 0. 7, III, p. 105.

177. O. c. sup. II v n. 35, I, pp. 217-20. (Advice to an Author, IL, 1).

178. Pour les sources du portrait de Milton dans Milton lui-même, cf. TP 197-8.. 17940 (CARE 207)

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