IV-iv LES POÈMES LYRIQUES
solitaire humilité. Mais si elles ne parviennent pas à le rendre aussi pur qu'il le voudrait, sa solitude et sa poésie le distingueront du vulgaire et l’élèveront au-dessus des puissants du monde. Cette somptueuse légende, ces nobles principes, ces augustes prédécesseurs veulent démontrer qu’il est le Pindare de Son siècle.
Faut-il imposer à cette ode la comparaison qu’elle appelle ellemême en s'intitulant pindarique? Les conditions les plus extérieures paraissent remplies. Renonçant à la formule d’irrégularité, Gray écrit trois triades dont les parties se correspondent exactement quant au nombre et à la longueur des vers, et à la disposition des rimes 1%, I] reproduit les variations métriques non dans le désordre, mais avec une symétrie qui rappelle les groupements précis des membres du vers grec; et la variété du système des rimes, terminé sur une rime plate et un alexandrin défnitif, ajoute à l'impression de régulière inégalité de longueur. La similitude prosodique impliquerait une scansion de quantité à laquelle l'accent tonique anglais ne se prête pas. Quelques efforts n'en demeurent pas moins intéressants, et innovent de curieuses mesures. Dans
Now the rich stream of music winds along 2 0 £ 2
Deep, majestic, smooth and strong (I i 7-8), 2 0 2
les vers sont attaqués sur une forte. Mais si le premier ne perd pas de syllabe, l’anacrouse pure et simple du second le change en
catalectique. De la même façon une terminaison féminine réalise un hypercatalectique :
With antic Sports and blue-eyed Plea|sures. (I iii 6)
Scandé par analogie avec les langues classiques, ce vers exprime le bondissement capricieux du torrent :
Headlong, impetuous, see it pour. (I i 11} 2 0 0 2 00 2 0 2 Il faut noter que cette dernière licence ne se manifeste qu’à l’avant-dernier vers des strophes ou antistrophes, devant l’alexandrin toujours très régulier. La correspondance n’est pas absolue. On a :
Quench'd in dark clouds of slumber lie, (I ii 11)
Glory pursue, and generous shame, (II ïi 11) 2 0 0 2 0 AO 0 2
ou aussi une parfaite série iambique :
Of Horrour that, and thrilling Fear. (III iii 11)
180. Strophe et antistrophe : a, b, b, a, cc, d, di es ef f.; épode : 4abb, a, ccdedes fefghs hs.
446 LE POÈTE IV-iv
En revanche les vers catalectiques normaux se retrouvent presque toujours en huitième place dans les strophes et antistrophes, et jouent dans les épodes un rôle tout particulier. Chaque épode se divise en deux parties, l’une de onze vers courts au rythme trochaïque et rapide, varié par un trimètre et deux terminaisons féminines; l’autre partie lente, composée de six pentamètres iambiques et d’un alexandrin. Un tel contraste oppose l’ardeur des danses à la majesté du cortège de Vénus, et constitue la meilleure réussite rythmique de l’ode, dans :
Thee the voice, the dance, obey, Temper'd to thy warbled lay.
O’er Idalia’s velvet-green The rosy-crowned Ioves are seen On Cytherea’s day With antic Sports and blue-eyed Pleasures, Frisking light in frolic measures; Now pursuing, now retreating, Now in circling troops they meet :
To brisk notes in cadence beating Glance their many-twinkling feet.
Slow melting strains their Queen's approach declare : Where’er she turns the Graces homage pay.
With arms sublime, that float upon the air, In gliding state she wins her easy way :
O’er her warm cheek, and rising bosom, move The bloom of young Desire, and purple light of Love. (I ii)
On retrouve un effet analogue à la seconde épode : splendeur et exil de la poésie ancienne; et à la troisième : ce que le poète ne peut espérer être, et ce qu’il croit être. Compte tenu des possibilités de la langue, on voit que Gray n’a pas seulement cherché à reproduire le contour extérieur, mais qu’il a voulu retrouver quelque chose de l’unité harmonique du lyrisme grec.
On sait tout ce qu’il attend des images. Certaines de celles-ci ne manquent pas d’une éloquente dignité, même dans l’apprêt du style :
Oh ! Sovereign of the willing soul,
Parent of sweet and solemn-breathing airs, Enchanting shell ! the sullen Cares,
And frantic Passions hear thy soft controul. (I ii 1-4)
Il en est de gracieuses :
To Him the mighty Mother did unveil Her aweful face : the dauntless Child Stretch’d forth his little arms, and smiled. (IIL i 4-6) Et l’on appréciera la magie de cette évocation : Woods, that wave o’er Delphi’s steep,
Isles, that crown th’Egæan deep, Fields, that cool Ilissus laves,