IL i 8-12 (cf. TP 190) et III iii 4 (cf. TP
TÉA4 LT 7 ts: 67: 185. II ii 4, 0.
448 LE POÈTE IV-iv
créatrice de Pindare, qui appelait dans l'imagination des auditeurs de vivantes associations, est remplacée par des secrets de philologue, des figures figées, usées et refroidies qui n'éveillent que de faibles échos, et ne sous-entendent que l’indigence des ressources. Averti de ces défauts 1%, Gray ne sait pas les éluder.
La grande distance subsiste, malgré la compétence technique de l’imitateur. Outre l’abime qui sépare la géniale création de l'ingénieux pastiche, il y a la différence des temps et des circonstances, l’incompatibilité du chant choral devant une foule vibrante et ensoleillée en un jour d’exaltation populaire, et d’une reconstitution érudite dans le silence du cabinet, quel que soit le sentiment. D'une part la liberté réelle, et l'invention fougueuse, d'autre part l’exhumation et l’asservissement aux artifices. L'ode pindarique est une par la structure musicale et le sujet, diverse, hardie et bondissante par les images. Son triomphe est dans l'équilibre organique et dans l'éclair de l’inattendu. Gray n’a pas ignoré ces deux conditions, et c’est beaucoup. Encore faut-il y satisfaire sans calcul. La prouesse imitatrice ne serait pas qu’un anachronisme, mais s’infirmerait déjà par la conscience d’ellemême. Gray réalise une unité rythmique un peu inutile en l'absence d'accompagnement, et alors que la seule lecture ne peut marquer les correspondances voulues 187. Il a cherché la diversité d’invention en juxtaposant des images variées, et en ménageant des transitions abruptes 188. Ce n’est 1à qu'un semblant d'invention inspirée. L'ensemble révèle trop d’alignement. La liberté se poursuit chez Pindare jusque dans le mouvement de la pensée. Sa digression obéit à des lois, mais elles sont propres au lyrisme improvisateur. Ici, la symétrie empiète sur le fond. On sait trop où l’on va, et l’on y marche trop droit. La division ternaire devient un procédé de rhétorique, et l'éloge une dissertation. Le sujet lui-même était-il bien choisi? Un triomphe, sans doute, illustré de beaux mythes et d’une glorieuse ascendance; mais le triomphe d’un personnage bien grand et bien abstrait, et une foncière absence de désintéressement. I/art de Pindare, n'est-ce pas, en définitive, l’exaltation de l’éphémère, le délire du succès d’un jour? I1 prend l’homme musclé pour le saut ou le disque, et, dans une apothéose d'images, en fait un dieu. Avec la Poésie, plus vaste déjà que tout ce qu’on peut tenter, comment réaliser ce Does surtout lorsqu'on ne chante que pour se dire soi-même poète:
Une note du Commonplace Book montre qu'après son premier essai d'ode pindarique Gray fut poursuivi par l’idée de la liberté