CÊ. sup., ii, pp. 9-10. 26. TL I 55. 27. III
I1-v HUMOUR ET REGRETS 53
«dans un état merveilleux »?, On ne négligera pas davantage les périodes où il fut arraché à son milieu ordinaire; son long séjour sur le Continent, ses fréquents voyages à Londres, ses excursions en Angleterre et en Ecosse. Lorsque son humeur «est plus basse que jamais », il sent que «le mouvement et le changement de tableau lui sont absolument nécessaires » et les trouve « extrêmement bienfaisants »??.
Mais on ne saurait apprécier l’état moral de l’heure qui passe en fonction de ces deux variables. Klles agissent parfois de concert. A Stoke, en 1757, nous le voyons fuir la société des Cobham, chercher obstinément la solitude, et souffrir d’affections qui se multiplient, se plaindre d’être découragé, seul, ennuyé et malade®e. De même en 1763, en 1767, et dans les dernières années, où mille tortures l’exaspèrent #1, Quelques lettres de France et d’Italie laissent entendre, par contre, le pouvoir de goûter les plus légères distractions, la pure expansion physique®?. Après l’accalmie qui suivit la crise de 1757, on l’interroge sur sa santé : « Je vais beaucoup mieux. Je refais de longues promenades, j'ai meilleure humeur, et je suis capable d’amusement »%3%. I1 fréquente alors le manoir de Stoke, fait admirer ses Odes par Lady Cobham et sa nièce, et entretient avec ces dames d’agréables rapports.
La santé et le milieu ne sont pourtant pas simplement causes, le moral simplement effet. Une continuité règne au centre du «moi» changeant. Les ombres du fond obscurcissent souvent la surface, interdisant d'accepter l'instant de bonheur. Gray se montre alors abattu et découragé sans souffrir positivement. Il peint tout en noir, imagine que «les soucis de ce monde croulent sur sa tête » sans savoir pourquoi. Au moment même où son « esprit seul est tourmenté », sa tristesse lui apparaît comme éternelle 55.
II semble d’ailleurs que dans la névrose les oscillations du caractère obéissent à des lois qui leur sont propres. Qu'un brusque sentiment de honte l'emporte sur l'attitude coutumière; que, dans un certain milieu, en certaines circonstances, et pour des raisons qu'il connaît seul, le triste se croie temporairement libéré de l’infériorité qui l’accable, le voici devenir gai : voici le timide exubérant, d’une exubérance factice. En 1753, Gray fit, en revenant d’Vork, un voyage en diligence « moins mauvais que d'habitude », grâce à la compagnie d’une « dame très bavarde et communicative »56, Un jour, il étonna Nicholls : « Au cours d’une de ses visites à Blundeston, je fus très embarrassé, car j'avais avec moi un vieux parent
28. TE, II 200. 20, "ET, III 280. 30. TL, I 345. SLI, 132;%270, etc; 32: TI, 1 33,55, 86.