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54 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I-v
et sa femme entièrement différents de quoi que ce soit qui puisse lui être agréable. Je considérais comme impossible qu’il pût s’accommoder de leur conversation et supporter de rester chez moi. Je crois qu’il le comprit, et voulut me montrer que je m'étais trompé. Il se rendit si agréable à ces personnes que toutes deux, aussi longtemps qu’elles vécurent, parlèrent toujours avec plaisir des moments qu’elles avaient passés avec lui » #7.
Si la manie de l’expiation constitue l’un des ressorts psychologiques essentiels de la névrose, d’étonnantes contradictions s'expliquent. C’est en 1748 que la maison de Gray à Londres fut incendiée, et c’est à partir de cette date qu’il fut hanté par la crainte du feu. Or, au lendemain même du sinistre, il va à la «Grande Mascarade », se divertit avec des amis, dîne, soupe et boit du chocolat en leur joviale société. Tout en cherchant à s’en excuser, il avoue que, «grâce au ciel, il était de bonne humeur »®. La présence des amis justifie-t-elle seule cette explosion, ou l'incendie était-il l'événement punitif et expiatoire qui lui accordaïit pour un temps le droit de vivre?
Où se cachent ces ressources un instant découvertes? Que sommeille-t-il au fond de cette âme? I,orsque ses deux amis de Florence, Chute et Whithed, rentrèrent d'Italie, il alla les rejoindre dans la capitale. Il ne les avait pas vus depuis de nombreuses années. Sorti de sa « tanière », il songe, en les retrouvant, à des jours plus heureux, à des cieux moins mornes : « Je me suis pavané dans des endroits publics de toute sorte avec mes deux amis 1/ahanisés. Car le monde renferme quelques attractions pour un solitaire qui a derrière lui six ans de retraite. Les gens sensés, agréables, bien intentionnés (Dieu soit loué qu'ils soient si rares!) sont pour moi un aimant particulier. Il n’est donc pas étonnant que j'aie éprouvé quelque regret à me séparer d'eux aussi vite; ni que mon humeur, à mon retour dans ma cellulle, ne soit tombée pour un temps très au-dessous de Variable, sinon à Vent et Tempête. Sénèque dit : « Jamais je ne rentre chez moi tel que j'en suis sorti. Toujours quelque tourment assoupi en moi se réveille, quelque tentation chassée reparaît » 4. Quel est ce tourment, quelle est cette tentation? Eût-il donc suffi de la compagnie de quelques gens « sensés, agréables et bien intentionnés » pour abattre le lugubre édifice qu’il dressait autour de lui? Pourquoi allait-il tout de même au Ranelagh4#? Les dîners de Kensington, avec Mason et Gisborne, furent-ils absolument désagréables 4, ou les orgies de beignets de framboises « dans Cranbourn Alley, debout chez un pâtissier » 43?