‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 61 sur 446 · CT I 1709-80. 40: TI, FE · texte numérisé non relu

CT I 1709-80. 40: TI, FE

41. TL, III 80. Voir aussi TL, I 152, où Gray considère le mariage comme une ser vitude.

42. CH 71-2. Les faits ont été exposés d’abord dans MM III 125-7. Voir aussi, pour les divers détails qui suivent, GL, 100 ét sq., TF 195-200, TP 167 ét sq., TI, I 210.

66 LES SENTIMENTS II-i

répandre. Enthousiasmée, la vicomtesse s'enquit de été, Gray vint à la maison maternelle. Sous Îe prétransmettre les compliments d’une amie commune, une certaine Lady Brown, Lady Schaub et Harriet Speed furent dépêchées à Stoke House. Elles se présentèrent une après-midi. Gray était en promenade, et elles laissèrent un billet : « Compliments de Lady Schaub au poète. Klle regrette de ne l'avoir pas trouvé chez lui pour lui dire que Lady Brown est en bonne santé. »

Cette audacieuse espièglerie prit aux yeux du timide des proportions romanesques. S'estimant obligé de rendre une visite aussi flatteuse, il alla au Manoir et y reçut un accueil chaleureux. On se lia. L/incident lui-même servit de motif à la Longue Histoire. Chargée d'entretenir les relations, Harriet envoyait bientôt à Gray une lettre le remerciant en termes élogieux du spirituel poème, et, sur un ton naturel et déjà familier, l’invitant à dîner le lendemain #.

Elle avait vingt-sept ans. Les dessins de Bentley lui prêtent un minois délicat 44. On la disait cultivée, pleine d’esprit et de bons sentiments. Si l'orthographe et la syntaxe des quelques lignes qui nous restent de sa main permettent de douter de sa culture #5, on ne peut nier ses qualités de cœur. Bref, Gray ne fut pas insensible à son attrait. La Longue Histoire nous dépeint une Harriet « équipée d’entrain, d'esprit et de verve caustique » 4. Le poète admire ses yeux, son « air », ses « charmes impossibles à décrire » : « Hélas ! qui ne souhaiterait lui plaire? » 4 Maïgré le style héroï-comique, la prétérence pour Harriet est marquée. Lady Schaub reçut moins d’éloges. Plus tard, Gray regretta ces vers, les jugeant ‘trop intimes #8 : il pensait donc s’y être trop montré.

Fut-il seulement amusé, flatté de ce qu’un sourire féminin vint égayer sa solitude, ou éprouva-t-il un choc plus profond? Pensa-t-il un instant qu'il pourrait lier son existence à celle de cette jeune personne? Le mariage était-il autre chose qu'une solution bourgeoise de la vie? N'était-ce pas un rite social, sans la révélation: dont il s’excluait, lui, l'ennemi de la société, et dont la nature lui avait refusé la révélation? Aurait-il envoyé son Ophélie au couvent ?

On pourrait le penser, à voir avec quel soin il se tint sur la défensive; avec quelles pudeurs et quelles périphrases il parla à ses amis de tout ce qui touchait de près ou de loin au Manoir de Stoke; avec quels scrupules il s’abrita des suppositions et des critiques.

Vraisemblablement, Lady Cobham avait son plan. Des avances furent faites. Mais, dès le début, Gray déclarait hautement à qui

se plaisait à l’auteur. En texte de lui

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