Long Story, 30. 47. Ibid., 33-6. 48. TL, III
IT-i LA FAMILLE ET L'AMOUR 67
le plaisantait sur la Longue Histoire que son cœur était « inattaquable », et que « les vers avaient été composés pour divertir cette famille, et avaient réussi en conséquence » 4, Ce qui se passa pendant les années suivantes est peu connu. Très certainement, Gray fréquenta régulièrement le Manoir 5. On sait qu'il y-rencontrait les Garrick 51, On le fêtait. Par calcul, ou par affection, Harriet allait répétant la louange des Odes pindariques : « Miss Sp. semble comprendre, et à tous ceux qui ne comprennent pas, elle dit
Povavra cuveroiouw, en autant de mots : c’est ma devise et mon commentaire » 52, Gray s’enorgueillissait de la complicité admirative d’une femme sur le terrain de sa supériorité : ainsi se vengeait, dans la communauté d’un secret rare, sa nature virile. Mais il perçoit le danger temporel. En août 1758, les Cobham l’invitèrent à Hampton : « J'y restai deux jours; j'avoue que ï’y serais resté volontiers plus longtemps sans la raison dont nous avons parlé » 55.
Quelle lumière la lettre écrite par Miss Speed, en août 1759, jette-t-elle sur leurs rapports? Le ton en est sentimental : « Mon cher Monsieur, Je me demande si vous me jugez capable de toute la gratitude que j'épirouve réellement pour les dernières marques de votre amitié. J'irai jusqu'à dire que si vous connaissiez mon cœur, vous en seriez assuré. Mais connaissant mon extérieur comme vous le connaissez, il vous est facile de me concevoir vaniteuse de la partialité que vous me montrez » 54.
Quelles qu'aient été les marques d'amitié et de partialité de Gray, elles trouvent un écho singulièrement sensible chez Harriet. La suite de la lettre est touchante de sollicitude. On regrette que le poète ne vienne plus à Stoke. On le sait seul; on s'inquiète de
lui; on s'approche de son intimité : « Lady Cobham et moi sommes scandalisées de vous savoir en ville avec cette chaleur; venez ici où, hormis dans notre hospitalité, vous ne trouverez que fraîcheur. Votre lit est toujours prêt. » L'invitation se fait pressante : « Ce sera un acte de charité, car nous sommes absolument seules; si vous êtes malade, je vous soignerai : la créature prétenhieuse que vous connaissez n'est plus maintenant qu'une bonne infirmière » 55.
Gray l'avait donc ainsi qualifiée. Que cache, ou que révèle, son reproche sans galanterie? Quelle circonstance lui avait montré l'envers de la « beauté impossible à décrire » des premiers jours? Quelle rancœur, à la suite de quelles familiarités, lui avait suggéré le jugement sévère? Etait-ce simple badinage? Harriet n’était-elle qu'une vaine femme, comme les autres? Ou bien était-il arrivé à
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50. Une certaine familiarité finit par s'établir. L/amiral Sir John T. Duckworth (DNB xvi, 92) déclare qu’encore enfant, il vit plus d’une fois Gray emmené en promenade par les « spirituelles amazones » du Manoir dans une carriole de boucher, ce qui constituait un fort curieux spectacle. Cf. Poems, éd. J. Sharp, 1826 (BN 110), p. 68.